XIX. lie Berger et son Troupeau
Quoi ! toujours il me manquera
Quelqu'un de ce peuple imbécile !
Toujours le loup m'en gobera !
J'aurai beau les compter ! Ils étaient plus de mille , Et m'ont laissé ravir notre pauvre Robin - !
Robin mouton, qui par la ville
Me suivait pour un peu de pain , Et qui m'aurait suivi jusques au bout du monde! Helas ! de ma musette il entendait le son; Il me sentait venir de cent pas à la ronde.
Ah ! le pauvre Robin mouton !
Quand Guillot3 eut fini cette oraison funèbre. Et rendu de Robin la mémoire célèbre ,
Il harangua tout le troupeau , Les chefs, la multitude, et jusqu'au moindre agneau,
Les conjurant de tenir ferme :
Cela seul suffirait pour écarter les loups •
1 Ce proverbe existait du temps des Romains, où peuUêtre il est né d'un bon mot de Caton le Censeur. Voyez Plutarque, Vie de Caton le Censeur, t. m, p. 308 de la traduction d'Amyot, édit de Clavier, et aussi Rabelais, Pantagruel, liv IV, 63, t. II, p 100, édit. 1741, in-i".
' Dans Rabelais, le marchand dit à Panurge • « Vous avez nom t Robin-Mouton. Voyez ce mouton-là, il ha nom Robin comme
\<>[\<,. .» Pantagruel. 1. IV, cbi VI, t. II, p. IS.
'■'> Dans la 'fable m du livre III, le bercer porte aussi le nom de Guillot.
Foi de peuple d'honneur, ils lui promirent tous
De ne bouger non plus qu'un terme.
Nous voulons, dirent-ils, étouffer le glouton
Qui nous a pris Robin mouton.
Chacun en répond sur sa tête.
Guillot les crut, et leur fit fête.
Cependant, devant qu'il lût nuit,
Il arriva nouvel encombre :
Un loup parut ; tout le troupeau s'enfuit. Ce n'était pas un loup , ce n'en était que l'ombre.
Haranguez de méchants soldats, Ils promettront de faire rage .
Mais, au moindre danger, adieu tout leur courage-, Votre exemple et vos cris ne les retiendront pas.