XI. 1/ Aigle et la Pie
L'aigle, reine des airs, avec Margot1 la pie, Différentes d'humeur, de langage, et d'esprit, Et d'habit,
Traversaient un bout de prairie.
Le hasard les assemble en un coin détourné, L'agace2 eut peur; mais l'aigle, ayant fort bien dîné, La rassure, et lui dit : Allons de compagnie : Si le maître des dieux assez souvent s'ennuie ,
Lui qui gouverne l'univers , J'en puis bien faire autant , moi qu'on sait qui le sers Entretenez-moi donc, et sans cérémonie.
Caquet-bon-bec3 alors de jaser au plus dru, Sur ceci, sur cela, sur tout. L'homme d'Horace Disant le bien, le mal, à travers champs, n'eût su Ce qu'en fait de babil y savait notre agace. Elle offre d'avertir de tout ce qui se passe,
Sautant, allant de place en place, Bon espion , Dieu sait. Son offre ayant déplu
L'aigle lui dit tout en colère :
Ne quittez point votre séjour, Caquet-bon-bec, ma mie* : adieu, je n'ai que faire
1 Ce surnom, pour désigner la pie, est d'un usage populaire .notre poète l'a-t-il emprunté du peuple, ou l'a-t-il introduit parmi lui? C'est ce que nous ne pouvons décider.
- Vieux mot, pour désigner la pie. On le trouve dans Nicot. On dit encore en Picardie agache, et en provençal agasso. La Fontaine écrit agasse dans sou édition.
3 Cette expression vraiment comique est de la création de notre poète. Elle a réussi.
♦ Vab. Dans les éditions modernes, m amie; niais mie est un mot fréquemment employé par nos vieux auteurs, et qui signifie bonne , maîtresse, amie.
D'une babillarde à ma cour :
C'est uu fort méchant caractère.
Margot ne demandait pas mieux.
Ce n'est pas ce qu'on croit que d'entrer chez les dieux Cet honneur a souvent de mortelles angoisses. Rediseurs , espions , gens à l'air gracieux , Au cœur tout différent, s'y rendent odieux : Quoiqu'ainsi que la pie il faille dans ces lieux Porter habit de deux paroisses '.