‹ Fables et œuvres diverses de J. LaFontaineChapitre 215 sur 287 · X. li'Ecré visse et sa Fille · texte numérisé non relu

X. li'Ecré visse et sa Fille

Les sages quelquefois, ainsi que l'écrevisse,

Marchent à reculons , tournent le dos au port.

C'est l'art des matelots : c'est aussi l'artifice

De ceux qui, pour couvrir quelque puissant effort,

Envisagent un point directement contraire ,

Et font vers ce lieu-là courir leur adversaire.

Mon sujet est petit, cet accessoire est grand :

Je pourrais l'appliquer à certain conquérant

Qui tout seul déconcerte une ligue à cent têtes.

Ce qu'il n'entreprend pas, et ce qu'il entreprend,

N'est d'abord qu'un secret, puis devient des conquêtes.

En vain l'on a les yeux sur ce qu'il veut cacher,

Ce sont arrêts du Sort qu'on ne peut empêcher :

Le torrent à la fin devient insurmontable.

Cent dieux sont impuissants contre un seul Jupiter

Louis et le Destin me semblent de concert

Entraîner l'univers. Venons à notre fable.

Mère écrevisse un jour à sa fille disait : Comme tu vas, bon Dieu! ne peux-tu marcher droit? Et comme vous allez vous-même! dit la fille : Puis-je autrement marcher que ne fait ma famille? Veut-on que j'aille droit quand on y va tortu ?

Elle avait raison : la vertu

De tout exemple domestique

Est universelle , et s'applique En bien, en mal, en tout; fait des sages, des sots, Beaucoup plus de ceux-ci. Quant à tourner le dos

A sou but , j'y reviens ; la méthode en est bonne, Surtout au métier de Bellone :

Mais il faut le faire à propos.

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