‹ Fables et œuvres diverses de J. LaFontaineChapitre 219 sur 287 · XIV. L'Amour et la Folie · texte numérisé non relu

XIV. L'Amour et la Folie

Tout est mystère dans l'Amour, Ses flèches , son carquois , son flambeau , son enfance :

Ce n'est pas l'ouvrage d'un jour

Que d'épuiser cette science.

Je ne prétends donc point tout expliquer ici : Mon but est seulement de dire , à ma manière,

Comment l'aveugle que voici (C'est un dieu), comment, dis-je, il perdit la lumière; Quelle suite eut ce mal. qui peut-être est un bien;

J'en fais juge un amant, et ne décide rien.

La Folie et l'Amour jouaient un jour ensemble :

Celui-ci n'était pas encor privé des yeux.

Une dispute vint : l'Amour veut qu'on assemble

Là-dessus le conseil des dieux;

L'autre n'eut pas la patience ; Elle lui donne un coup si furieux,

Qu'il en perd la clarté des cieux.

Vénus en demande vengeance.

Femme et mère, il suffit pour juger de ses cris :

Les dieux en furent étourdis ,

Et Jupiter, et Némésis , Et les juges d'enfer, enfin toute la bande. Elle représenta l'énormité du cas; .Son fds, sans un bâton, ne pouvait faire un pas : Nulle peine n'était pour ce crime assez grande : Le dommage devait être aussi réparé.

Quand on eut bien considéré L'intérêt du public, celui de la partie, Le résultat enfin de la suprême cour

Fut de condamner la Folie

A servir de imide à l'Amour.

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