‹ Fables et œuvres diverses de J. LaFontaineChapitre 239 sur 287 · ELEGIE · texte numérisé non relu

ELEGIE

Que vous le trouveriez différent de lui-même ? Pour lui les plus beaux jours sont de secondes nuits : Les soucis dévorants, les regrets, les ennuis, Hôtes infortunés de sa triste demeure, En des gouffres de maux le plongent à toute heure.

Voilà le précipice où l'ont enfin jeté Les attraits enchanteurs de la prospérité ! Dans les palais des rois cette plainte est commune , On n'y connaît que trop les jeux de la Fortune , Ses trompeuses faveurs, ses appas inconstants; Mais on ne les connaît que quand il n'est plus temps Lorsque sur cette mer on vogue à pleines voiles, Qu'on croit avoir pour soi les vents et les étoiles , Il est bien malaisé de régler ses désirs ; Le plus sage s'endort sur la foi des zéphyrs. Jamais un favori ne borne sa carrière ; Il ne regarde pas ce qu'il laisse en arrière; Et tout ce vain amour des grandeurs et du bruit Ne le saurait quitter qu'après l'avoir détruit. Tant d'exemples fameux que l'histoire en raconte Ne suffisaient-ils pas, sans la perte d'Oronte? Ah! si ce faux éclat n'eût point fait ses plaisirs, Si le séjour de Vaux eût borné ses désirs , Qu'il pouvait doucement laisser couler son âge! Vous n'avez pas chez vous ce brillant équipage , Cette foule de gens qui s'en vont chaque jour Saluer à longs flots le soleil de la cour : Mais la faveur du ciel vous donne en récompense Du repos , du loisir, de l'ombre , et du silence , Un tranquille sommeil, d'innocents entretiens, Et jamais à la cour on ne trouve ces biens.

Mais quittons ces pensers : Oronte nous appelle. Vous, dont il a rendu la demeure si belle, Nymphes, qui lui devez vos plus charmants appas, Si le long de vos bords Louis porte ses pas ,

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