‹ Fables et œuvres diverses de J. LaFontaineChapitre 238 sur 287 · AUX NYMPHES DE VAUX · texte numérisé non relu

AUX NYMPHES DE VAUX

Remplissez l'air de cris en vos grottes profondes, Pleurez, nymphes de Vaux, faites croître vos ondes, Et que l'Anqueuil 2 enflé ravage les trésors Dont les regards de Flore ont embelli ses bords. On ne blâmera point vos larmes innocentes ; Vous pouvez donner cours à vos douleurs pressantes , Chacun attend de vous ce devoir généreux: Les Destins sont contents : Oronte est malheureux *, Vous l'avez vu naguère au bord de vos fontaines, Qui, sans craindre du sort les faveurs incertaines, Plein d'éclat, plein de gloire, adoré des mortels, Recevait des honneurs qu'on ne doit qu'aux autels3. Hélas ! qu'il est déchu de ce bonheur suprême !

i Fouquet, dans le moment de sa plus grande fortune, et, à ce qu'il croyait, de sa plus haute faveur, fut arrêté à Nantes le S septembre t661, c'est-à-dire dix-neuf jours après & voir donné à Louis XIV

et à toute sa cour une fête splendide dans son superbe château de Vaux. Les rigueurs du roi à son égard nient craindre qu'on n'eût le dessein de le faire périr. La Fontaine s'adresse dans cette élégie aux nymphes de Vaux; il leur confie ses douleurs sur le malheur de son ami, et il les supplie de fléchir le roi en faveur de celui qui a embelli leurs demeures avec tant de magnificence. Voyez, pour de plus grands éclaircissements, l'Histoire de la vie et dcsoucraijes de la Fontaine, troisième édition, 18:21, in-8°, p. 74à 02.

- L'Anqueuil est une petite rivière qui passe à Vaux. {Note de la Fonlainè.)

- Vac. Voltaire, dans fa lettre à M. de la Visclède (t. XL1II , p. 518, édition de Kenouard), prétend que la Fontaine avait mis ,

La cabale est contente : Oronte est malheureux , mais que depuis il changea ce vers , pour ne pas trop irriter Colbert.

3 La Fontaine rappelle ici la fêle de Vaux, qui eut lieu le 1" août 1001 , et qu'il a décrite dans une lettre à Maucroix, qu'on trouvera ci-après.

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