‹ Fables et œuvres diverses de J. LaFontaineChapitre 24 sur 287 · II. Conseil tenu par les Rais · texte numérisé non relu

II. Conseil tenu par les Rais

Un chat, nommé Rodilardus1, Faisait de rats telle découflture

Que l'on n'en voyait presque plus, Tant il en avait mis dedans la sépulture. Le peu qu'il en restait , n'osant quitter son trou , >'e trouvait à manger que le quart de son soûl; Et Rodilard passait, chez la gent misérable.

Non pour un chat, mais pour un diable.

Or un jour qu'au haut et au loin

Le galant alla chercher femme , Pendant tout le sabbat qu'il fit avec sa dame. Le demeurant des rats tint chapitre en nn coin

Sur la nécessité présente.

Dès l'abord, leur doyen, personne fort prudente. Opina qu'il fallait, et plus tôt que plus tard. Attacher un grelot au cou de R.odilard;

Qu'ainsi, quand il irait en guerre De sa marche avertis, ils s'enfuiraient sous terre;

Qu'il n'y savait que ce moyen.

Chacun fut de l'avis de monsieur le doyen : Chose ne leur parut à tous plus salutaire. La difficulté fut d'attacher le grelot.

L'un dit : Je n'y vas point, je ne suis pas si sot; L'autre : Je ne saurais. Si bien que sans rien Faira On se quitta. J'ai maints chapitres vus, Qui pour néant se sont ainsi tenus ; Chapitres, non de rats, mais chapitres de moines,

Voire2 chapitres de chanoines.

i Rabelais (IV, ch. vi et vu) fait mention, dans Pantagruel, du célèbre chat Rodilard, ou rongeur de lard. 2 Même.

Xe faut-il que délibérer,

La cour en conseillers foisonne :

Est-il besoin d'exécuter,

L'on ne rencontre plus personne.

III. I<e Loup plaidant contre le Kenai'd par-devant le Singe.

Un loup disait que l'on l'avait volé : Un renard, son voisin, d'assez mauvaise vie, Pour ce préjtendu vol par lui fut appelé.

Devant le singe il fut plaidé, Non point par avocats, mais par chaque partie.

Tbémis n'avait point travaillé , De mémoire de singe, à fait plus embrouillé. Le magistrat suait en son lit de justice.

Après qu'on eut bien contesté ,

Répliqué, crié, tempêté,

Le juge, instruit de leur malice.

Leur dit : Je vous connais de longtemps, mes amis;

Et tous deux vous paierez l'amende :

Car toi, loup, tu te plains, quoiqu'on ne t'ait rien pris; Et toi, renard , as pris ce que l'on te demande.

Le juge prétendait qu'à tort et à travers

On ne saurait manquer, condamnant un pervers.

Quelques personnes de bon sens ont cru que l'impossibilité et la contradiction qui est dans le jugement de ce singe était une ebose à censurer : mais je ne m'en suis servi qu'après Phèdre; et c'esl en cela que consiste le bon mol, selon mon avis.

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