‹ Fables et œuvres diverses de J. LaFontaineChapitre 25 sur 287 · IV. Les deux Taureaux et une Grenouille · texte numérisé non relu

IV. Les deux Taureaux et une Grenouille

Deux taureaux combattaient à qui posséderait Une génisse avec l'empire.

• Une grenouille en soupirait.

Qu'avez- vous? se mit à lui dire

Quelqu'un du peuple coassant1.

Eh! ne voyez-vous pas, dit-elle,

Que la fin de cette querelle Sera l'exil de l'un ; que l'autre , le chassant , Le fera renoncer aux campagnes fleuries ? Il ne régnera plus sur l'herbe des prairies, Viendra dans nos marais régner sur les roseaux ; Et , nous foulant aux pieds jusques au fond des eaux Tantôt l'une, et puis l'autre, il faudra qu'on pâtisse Du combat qu'a causé madame la génisse.

Cette crainte était de bon sens.

L'un des taureaux en leur demeure

S'alla cacher à leurs dépens :

Il en écrasait vingt par heure.

Hélas ! on voit que de tout temps Les petits ont pâti des sottises des grands.

v. La Chauve-souris et les deux Belettes.

Une chauve-souris donna tête baissée

Dans un nid de belette; et, sitôt qu'elle y fut .

L'autre, envers les souris de longtemps courroucée,

Pour la dévorer accourut.

Quoi ! vous osez , dit-elle , à mes yeux vous produire ,

i II y a, dans les éditions publiées par la Fontaine, croassant ; niais cette faute doit être rejetée sur le compte de l'imprimeur. Les corbeaux croassent, les grenouilles coassent. Un des derniers commentateurs de notre poète prétend que celte distinction n'était pas connue au siècle de Louis XIV. C'est une erreur : on n'a qu'à consulter le dictionnaire de l'Académie française", publié en 1094, et le dictionnaire de Nicot, imprimé en lfiutî, et l'on se convaincra que cette distinction est très ancienne dans notre langue, et que le verbe coasser a toujours été le seul que l'on ait employé pour exprimer le cri des grenouilles.

Après que votre race a tâché de me nuire ! Yètes-vous pas souris? Parlez sans fiction. Oui. vous l'êtes; ou bien je ne suis pas belette.

Pardonnez-moi, dit la pauvrette,

Ce n'est pas ma profession.

Moi. souris ! des méchants vous ont dit ces nouvelles.

Grâce à l'auteur de l'univers,

Je suis oiseau ; voyez mes ailes :

Vive la gent qui fend les airs !

Sa raison plut, et sembla bonne.

Elle fait si bien qu'on lui donne

Liberté de se retirer.

Deux jours après, notre étourdie

Aveuglément se- va fourrer Chez une autre belette aux oiseaux ennemie. La voilà derechef en danger de sa vie. La dame du logis avec son long museau S'en allait la croquer en qualité d'oiseau , Quand elle protesta qu'on lui faisait outrage : Moi. pour telle passer! Vous n'y regardez pas.

Qui fait l'oiseau? c'est le plumage.

Je suis souris : vivent les rats !

Jupiter confonde les chats !

Par cette adroite repartie

Elle sauva deux fois sa vie.

Plusieurs se sont trouvés qui , d'écharpe changeants . Aux dangers, ainsi qu'elle, ont souvent fait la figue1.

Le sage dit, selon les gens :

Vive le roi ! vive la ligue !

i S'en sont moqués. Expression fort ancienne, puisqu'on la retrouve dans la langue romane, et dans le roman de Jauffre, compose, selon M. Raynouard, au plus tard, au commencement du treizième siècle.

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