POUR M. FOUQUET
Prince qui fais nos destinées, Digne monarque des François , Qui du Rhin jusqu'aux Pyrénées Portes la crainte de tes lois, Si le repentir de l'offense Sert aux coupables de défense Près d'un courage généreux, Permets qu'Apollon t'importune , Non pour les biens de la fortune, Mais pour les jours d'un malheureux.
i La ligueur avec laquelle on Irailait Fouquel clans sa prison fil comprendre à ses amis qu'on ne pouvait espérer pour lui de pardon du roi, et qu'on serait trop heureux si l'on parvenait à sauver sc> juins, c'est dans cet esprit que cette ode fui composée; mais on verra ci-après, par une lettre de la Fontaine à Fouquet, que celui-ci n'en était pas satisfait, parce que sa grande àmc se révoltait à la seule idée d'avouer qu'il était coupable, et de demander pour lui la conservation de sa vie comme une grâce.
ODE AU EOI. *P
Ce triste objet de ta colère N'a-t-il point encore effacé Ce qui jadis t'a pu déplaire Aux emplois où tu l'as placé ?
Depuis le moment qu'il soupire , Deux fois l'hiver en ton empire A ramené les aquilons ; Et nos climats ont vu l'année , Deux fois de pampre couronnée, Enrichir coteaux et vallons.
Oronte seul, ta créature, Languit dans un profond ennui , Et les bienfaits de la nature Ne se répandent plus pour lui.
Tu peux d'un éclat de ta foudre Achever de le mettre en poudre :
Mais si les dieux à ton pouvoir Aucunes bornes n'ont prescrites, Moins ta grandeur a de limites , Plus ton courroux en doit avoir.
Réserve-le pour des rebelles :
Ou , si ton peuple t'est soumis , Fais-en voler les étincelles Chez tes superbes ennemis.
Déjà Vienne est irritée De ta gloire aux astres montée ' , Ses monarques en sont jaloux :
Et Rome t'ouvre une carrière Où ton cœur trouvera matière D'exercer ce noble courroux -.
i Le traité entre la France, l'Angleterre, et la Hollande, dans le dessein d'abaisser la maisow d'Autriche, fut conclu à la fin de l'année 1W-2.
- Le duc de Créqui, ambassadeur de France, fut insulte parles gardes du corps du pape, le 20 août 1662. Louis xiv se saisit d'Avignon, et força le saint-père à lui envoyer son neveu le cardinal
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470 ODE AU KOI.
Va-t'en punir l'orgueil du Tibre ,
Qu'il se souvienne que ses lois
N'ont jadis rien laissé de libre
Que le courage des Gaulois ;
Mais parmi nous sois débonnaire.
A cet empire si sévère
Tu ne te peux accoutumer,
Et ce serait trop te contraindre.
Les étrangers te doivent craindre ,
Tes sujets te veulent aimer.
L'amour est fils de la clémence ,
La clémence est fille des dieux :
Sans elle toute leur puissance
Ne serait qu'un titre odieux.
Parjni les fruits de la victoire ,
César, environné de gloire,
N'en trouva point dont la douceur
A celui-ci pût être égale ;
Non pas même aux champs où Pharsale
L'honora du nom de vainqueur.
Je ne veux pas te mettre en compte
Le zèle ardent ni les travaux
En quoi tu te souviens qu'Oronte
Ne cédait point à ses rivaux.
Sa passion pour ta personne ,
Pour ta grandeur, pour ta couronne ,
Quand le besoin s'est vu pressant ,
A toujours été remarquable ; .
Mais si tu crois qu'il est coupable ,
Il ne veut point être innocent.
Chigi pour lui faire des excuses , à bannir les gardes du corps à perpétuité, et à élever à Rome, vis-à-vis de leur ancien corps de garde, une pyramide, avec une inscription epui contenait les articles de la satisfaction exigée. Voyez la relation de tout ce qui se passa entre le pape Alexandre VII et le roi de France, au sujet de l'insulte que les papelins firent au duc de Créqui l'an 16G2, dans l'ouvrage intitulé : L'Origine des cardinaux du saint-siège; Cologne, 1070, iml-2, p. 29S à 137.
Laisse-lui donc pour toute grâce Un bien qui ne lui peut durer, Après avoir perdu la place Que ton eœiu*-lui fit espérer.
Accorde-nous les faibles restes De ses jours tristes et funestes , Jours qui se passent en soupirs.
Ainsi les tiens filés de soie Puissent se voir comblés de joie, Même au delà de tes désirs: