AVERTISSEMENT
Uu (les quatre récits que j'ai fait faire aux Filles de Minée contient un événement véritable, et tiré des Antiquités de Boissard. J'aurais pu mettre en la place la métamorphose de Céix et d'Alcione, ou quelque autre sujet semblable. Les critiques m'allé-
<c Xota. Cette épigramtne montre clairement que l'objection qu'on a citée au sieur de la Fontaine , d'ignorer la naUvrc du bois de grume et du bois de marmenteau , est bien fondée. Le bois en grume est du bois de charpente et de chnrronnnge débité avec son écorce , et qui n'est point équarri. Le bois de marmenteau est un bois de haute futaie , qui est conservé pour l'ornement d'une maison à laquelle il est attaché , et qu'il n'est pas même permis à un usufruitier de couper. L'un et l'autre bois n'est pas propre à venger des traits médisants. »
i Le comte de Lavergne de Guilleragues, dont Boileau disait :
Esprit né pour la cour, et maître en l'art de plaire,
fut d'abord premier président de la cour des aides à Bordeaux puis nommé, en 1079, ambassadeur à Constantinoplc, où il mourut le 5 mars 1G84.
2 Cette traduction d'une antique inscription a été imprimée pour la première fois, avec l'avertissement qui la précède, à la suite du poème intitulé les Filles de Mince, et dans le recueil des Ouvrages, de prose et de poésie des sieurs de Maucroix et de la Fontaine, l. I, j). 250 à 201. Ce récit est en effet tiré d'une longue inscription qui se trouve dans les Antiquités-tic Boissard. (Voyez J.-J. Boissard,
gueront qu'il le fallait faire, et que mon ouvrage en serait d'un caractère plus uniforme. Ce qu'Ovide conte a un air tout particulier; il est impossible de le contrefaire. Mais , après avoir fait réflexion là-dessus, j'ai appréhendé qu'un poème de six cents vers ne fût ennuyeux, s'il n'était rempli que d'aventures connues. C'est ce qui m'a fait choisir celle dont je veux parler : et comme une chose en attire une autre, le malheur de ces amants tués le jour de leurs noces m'a été une occasion de placer ici une espèce d'épitaphe, qu'on pourra voir dans les mêmes Antiquités. Quelquefois Ovide n'a pas plus de fondement pour passer d'une métamorphose à une autre. Les diverses liaisons dont il se sert ne m'en semblent que plus belles ; et, selon mon goût, elles plairaient moins si elles se suivaient davantage. Le principal motif qui m'a attaché à 1 inscription dont il s'agit, c'est la beauté que j'y ai trouvée. Il se peut faire que quelqu'un y en trouvera moins que moi. Je ne prétends pas que mon goût serve de règle à aucun particulier, et encore moins au public. Toutefois, je ne puis croire que l'on en juge autrement. Il n'est pas besoin d'en dire ici les raisons : quiconque serait capable de les sentir ne le sera guère moins de se les imaginer lui-même. J'ai traduit cet ouvrage en prose et en vers,, afin de le rendre plus utile par la comparaison des deux genres. J'ai eu, si l'on veut, le dessein de m'éprouver en l'un et en l'autre : j'ai voulu voir, par ma propre expérience, si en ces rencontres les vers s'éloignent beaucoup de la fidélité des traductions, et si la prose s'éloigne beaucoup des grâces. Mon sentiment a toujours été que quand les vers sont bien composés, ils disent en une égale étendue plus que la prose ne saurait dire. De plus habiles que moi le feront voir plus à fond. J'ajouterai seulement que ce n'est point par vanité, et dans l'espérance de consacrer tout ce qui p*art de ma plume, que je joins ici l'une et l'autre traduction; l'utilité des expériences me l'a t'ait faire. Pla-
Antiquitalum romanarum quarto, pars, sivc t. H, p. 49, in-folio, 15198.) Notre fabuliste a considéré cette aventure comme véritable, parce que Boissard n'élève aucun doute sur l'authenticité de cette inscription; mais elle est évidemment supposée, et elle a été redonnée comme telle dans l'édition que Gra-vius a publiée du recueil d'inscriptions de Gruter. (Corpus inscriptionum , 1707, in-folio, t. II, p. xv, n° 8, des Spuria ac stippositilia.) Dans l'inscription, les noms des deux amants sont M. Lucius et Sardira. On voit, d'après cet éclaircissement, qu'on a eu tort d'avancer que le récit des aventures de Télamon et de Cliloiis était tout entier de l'invention de la Fontaine. (Voyez Observations sur les quatre <>>■,-nières fables de (a Fontaine restées jusqu'ici sans commentaires, 18-21, in-8n, p. 130.) On n'a pas fait attention que notre poète avait dit précisément le contraire.
ton, dans Pluedrus, fait dire à Socrate qu'il serait à souhaiter qu'on tournât en tant de manières ce qu'on exprime, qu'à la fin la bonne fût rencontrée. Plût à Dieu que nos auteurs en voulussent faire l'épreuve, et que le public les y invitât! Voici le sujet de l'inscription :
Atimète, affranchi de l'empereur, fut le mari d'Homonée, affranchie aussi, mais qui, par sa beauté et par ses grâces, mérita qu Atimète la préférât à de célèbres partis. Il ne jouit pas longtemps de son bonheur : Homonée mourut qu'elle n'avait pas vingt ans. On lui éleva un tombeau qui subsiste encore, et où ces vers sont gravés1 :
i Non seulement celte inscription se trouve rapportée dansBoiss.-ird, mais le tombeau sur lequel elle est gravée y est figuré. (Voyez Jani-.laeobi Boissard, Antiquitatum romanarum terlia pars, sive t. I, pi. lxxxvii, in-folio, 1587.) Cette planclie de Boissard a été reproduite dans Grutcr, Corpus inscript ionum , 1707, in-folio, p. 007, n° iv. L'inscription se trouve sur les deux cotés du marbre qui formait le tombeau; le côté principal, et le plus large, contient les titres d'Alimète, et quatre vers grecs, qui sont le résumé de l'éloge d'Homonée. On trouvera ces quatre vers dans les Analecta grœca de Brunck, i. iv, p. 278, n° 73-2. La Fontaine a commencé la lecture de celte inscription par la façade du monument gravée à gauche, et a continué ainsi jusqu'à la fin. AVernstlorf, qui a donné celte épitaphe dans ses Poetœ lalini minores. 178-2, in-8°, l. III, p. 213, commence au contraire l'inscription par la façade gravée à droite, et lit de suite les paragraphes que nous avons numérotés in et iv; il revient après à la façade gauche, el transcrit tout ce qui s'y trouve, c'est-à-dire les paragraphes i et il; puis il termine l'inscription par les deux vers qui sont à la tin de la colonne gravée à droite, el qui forment le paragraphe n° v. Nous ne disserterons poinl ici sur ces deux* manières de lire cette inscription; nous n'examinerons pas non plus si on ne pourrait pas en adopter une troisième, en considérant comme deux inscriptions distinctes ce qui est gravé sur chacun des côtés du tombeau : nous devons seulement reproduire celte inscription telle que notre auteur l'a lue et traduite, en ajoutant le titre qu'il avait omis de donner, et en disposant les traductions en vers el prose de manière à ce qu'on puisse plus facilement les comparer à l'original.