‹ Fables et œuvres diverses de J. LaFontaineChapitre 34 sur 287 · XV. L,e Cou; et le Renard · texte numérisé non relu

XV. L,e Cou; et le Renard

Sur la branche d'un arbre était en sentinelle Un vieux coq adroit et matois.

Frère , dit un renard , adoucissant sa voix ,

Nous ne sommes plus en querelle :

Paix générale cette fois.

Je viens te l'annoncer ; descends, que je t'embrasse :

Ne me retarde point , de grâce ; Je dois faire aujourd'hui vingt postes sans manquer.

Les tiens et toi pouvez vaquer,

Sans nulle crainte, à vos affaires;

Nous vous y servirons en frères.

Faites-en les feux l dès ce soir,

Et cependant viens recevoir

Le baiser d'amour fraternelle.

Ami , reprit le coq, je ne pouvais jamais Apprendre une plus douce et meilleure nouvelle Que celle De cette paix ;

Et ce m'est une double joie De la tenir de toi. Je vois deux lévriers ,

Qui, je m'assure, sont courriers

Que pour ce sujet on envoie :

Ils vont vite, et seront dans un moment à nous. Je descends : nous pourrons nous entre-baiser tous. Adieu, dit le renard; ma traite est longue à faire : Nous nous réjouirons du succès de l'affaire Une autre fois. Le galant aussitôt

Tire ses grègues2, gagne au haut,

Mal content de son stratagème.

Et notre vieux coq en soi-même

Se mit à rire de sa peur ; Car c'est double plaisir de tromper le trompeur.

i Faites des Ceux de joie, réjouissez-vous.

^ Ses chausses. Quand on veut courir, on commence par relever le vêtement d'en bas.

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