XV. L,e Cou; et le Renard
Sur la branche d'un arbre était en sentinelle Un vieux coq adroit et matois.
Frère , dit un renard , adoucissant sa voix ,
Nous ne sommes plus en querelle :
Paix générale cette fois.
Je viens te l'annoncer ; descends, que je t'embrasse :
Ne me retarde point , de grâce ; Je dois faire aujourd'hui vingt postes sans manquer.
Les tiens et toi pouvez vaquer,
Sans nulle crainte, à vos affaires;
Nous vous y servirons en frères.
Faites-en les feux l dès ce soir,
Et cependant viens recevoir
Le baiser d'amour fraternelle.
Ami , reprit le coq, je ne pouvais jamais Apprendre une plus douce et meilleure nouvelle Que celle De cette paix ;
Et ce m'est une double joie De la tenir de toi. Je vois deux lévriers ,
Qui, je m'assure, sont courriers
Que pour ce sujet on envoie :
Ils vont vite, et seront dans un moment à nous. Je descends : nous pourrons nous entre-baiser tous. Adieu, dit le renard; ma traite est longue à faire : Nous nous réjouirons du succès de l'affaire Une autre fois. Le galant aussitôt
Tire ses grègues2, gagne au haut,
Mal content de son stratagème.
Et notre vieux coq en soi-même
Se mit à rire de sa peur ; Car c'est double plaisir de tromper le trompeur.
i Faites des Ceux de joie, réjouissez-vous.
^ Ses chausses. Quand on veut courir, on commence par relever le vêtement d'en bas.