‹ Fables et œuvres diverses de J. LaFontaineChapitre 45 sur 287 · VI. 1/ Aigle, la Laie et la Chatte · texte numérisé non relu

VI. 1/ Aigle, la Laie et la Chatte

L'aigle avait ses petits au haut d'un arbre creux . La laie au pied , la chatte entre les deux , Et sans s'incommoder, moyennant ce partage, Mères et nourrissons taisaient leur tripotage. La chatte détruisit par sa fourbe l'accord ; Elle grimpa chez l'aigle, et lui dit : Xotre mort Au moins de nos enfants , car c'est tout un aux mères)

Né tardera possible guères.

Voyez-vous à nos pieds fouir incessamment Cette maudite laie , et creuser une mine ! C'est pour déraciner le chêne assurément, Et de nos nourrissons attirer la ruine :

L'arbre tombant, ils seront dévorés:

Qu'ils s'en tiennent pour assurés.

S'il m'en restait un seul , j'adoucirais ma plainte. Au partir de ce lieu, qu'elle remplit de crainte,

La perfide descend tout droit A l'endroit

Où la laie était en Résine1.

Ma bonne amie et ma voisine , Lui dit-elle tout bas, je vous donne un avis : L'aigle, si vous sortez, fondra sur vos petits.

Obligez-moi de n'en rien dire -,

Son courroux tomberait sur moi.

Dans cette autre famille ayant semé l'effroi,

Là chatte en son trou se retire.

L'aigle n'ose sortir, ni pourvoir aux besoins

De ses petits; la laie encore moins .

Sottes de ne pas voir que le plus grand des soins Ce doit être celui d'éviter la famine.

-à-diic, venait <le mettre bas ses petits Gésine est un vieux mot qui signifie en couche

A demeurer chez soi l'une et l'autre s'obstine, Pour secourir les siens dedans l'occasion :

L'oiseau royal, en cas de mine;

La laie , en cas d'irruption.

La faim détruisit tout; il ne resta personne De la gent marcassine et de la gent aiglonne

Qui n'allât de vie à trépas :

Grand renfort pour messieurs les chats.

Que ne sait point ourdir une langue traîtresse Par sa pernicieuse adresse!

Des malheurs qui sont sortis

De la boîte de Pandore, Celui qu'à meilleur droit tout l'univers abhorre,

C'est le fourbe . à mon avis.

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