XVI. La Feninie noyée
h Je ne suis pas de ceux qui disent : Ce n'est rien,
C'est une femme qui se noie.
Je dis que c'est beaucoup; et ce sexe vaut bien Que nous le regrettions . puisqu'il l'ait notre joie. Ce que j'avance ici n'est point hors de propos,
Puisqu'il s'agit, en cette fable,
D'une femme qui dans les flots Avait fini ses jours par un sort déplorable.
Son époux en cherchait le corps ,
Pour lui rendre, en cette aventure,
Les honneurs de la sépulture.
Il arriva que, sur les bords
Du fleuve auteur de sa disgrâce, Des gens se promenaient ignorant l'accident.
Ce mari donc leur demandant S'ils n'avaient de sa femme aperçu nulle trace : Nulle, reprit l'un d'eux; mais cherchez-la plus bas;
Suivez le fil de la rivière.
In autre repartit : Non, ne le suivez pas :
Rebroussez plutôt en arrière :
Quelle que soit la pente et l'inclination
Dont l'eau par sa course l'emporte.
L'esprit de contradiction
L'aura fait flotter d'autre sorte.
Cet homme se raillait assez hors de saison. Quant à l'humeur contredisante, Je ne sais s'il avait raison; Mais que cette humeur soit ou non Le défaut du sexe et sa pente, Quiconque avec elle naîtra Sans faute avec elle mourra,
126 LIYEE III. FABLE XYII.
Et jusqu'au bout contredira, Et, s'il peut eueor, par delà.
V % II. lia Belette entrée dans un grenier
Damoiselle belette, au corps long et fluet*, Entra dans un grenier par un trou fort étroit :
Elle sortait de maladie.
Là , vivant à discrétion ,
La galande fit chère lie1,
Mangea, rongea : Dieu sait la vie, Et le lard qui périt en cette occasion !
La voilà , pour conclusion ,
Grasse , maflue 2 et rebondie.
Au bout de la semaine , ayant diné son soûl . Elle entend quelque bruit, veut sortir par le trou. Tse peut plus repasser, et croit s'être méprise.
Auprès avoir fait quelques tours.
C'est, dit-elle, l'endroit : me voilà bien surprise: J'ai passé par ici depuis cinq ou six jours.
Un rat, qui la voyait en peine, Lui dit : Vous aviez lors la panse un peu moins pleine. Vous êtes maigre entrée, il faut maigre sortir. Ce que je vous dis là , l'on le dit à bien d'autres : Mois ne confondons point, par trop approfondir,
Leurs affaires avec les vôtres.
* Y.vR.La Fontaine a écrit jhmet, selon l'orthographe usitée de son temps. M. Augir, <lan> son édition de Molière, Avare, acte I, scène VI, tome VII, page 37, à < a Voilà de mes damoiseaux flouets » & retenu l'ancienne orthographe, et a Étfit a ce sujet la remarque suivante : « Ce mot vient de flou, qui, dans notre ancien langage, signifie tendre, délicat, snave ; mot que les peintres ont retenu et emploient encore. » — Quant au mot qui rime fixée fluet, voyez livre III, fable vur.
i chère joyeuse, lit bonne chère. Celte expression de chère lie se rencontre fréquemment dans nos vieux auteurs. - Le visage bouffi.