‹ Fables et œuvres diverses de J. LaFontaineChapitre 54 sur 287 · XV. Pkiloniène et Progné · texte numérisé non relu

XV. Pkiloniène et Progné

Autrefois Progné l'hirondelle

De sa demeure s'écarta ,

Et loin des villes s'emporta Dans un bois où chantait la pauvre Philomèle. Ma sœur, lui dit Progné, comment vous portez-vous? Voici tantôt mille ans que l'on ne vous a vue : Je ne me souviens point que vous soyez venue , Depuis le temps de Thrace1, habiter parmi nous.

Dites-moi , que pensez- vous faire ?

\e quitterez-vous point ce séjour solitaire? Ah! reprit Philomèle, en est-il de plus doux? Progné lui repartit : Eh quoi ! cette musique ,

Pour ne chanter qu'aux animaux,

Tout au plus à quelque rustique !

Le désert est-il fait pour des talents si beaux ? Venez faire aux cités éclater leurs merveilles.

Aussi bien, en voyant les bois, Sans cesse il vous souvient que Térée2 autrefois,

Parmi des demeures pareilles, Exerça sa fureur sur vos divins appas.

Et c'est le souvenir d'un si cruel outrage Qui fait , reprit sa sœur, que je ne vous suis pas :

En voyant les hommes, hélas!

Il m'en souvient bien davantage.

i Depuis le temps que vous êtes en Thrace. Ellipse qui n'est que la traduction élégante tle l'expression (xsTà 0pàxy;v de l'auteur grec. Il est remarquable que notre poète a mieux saisi le sens de son original que le savant Tyrwhit, dont l'erreur a été rectifiée par son éditeur dans une excellente note. Voyez Msopicœ fabulse, édition in-8°, Lipsiae, 1810, page exe. — ttochefort, Notice des Manuscrits, tome II, page G99.

2 Térée, roi de Thrace, ayant, dans un bois écarté, outragé el cruellement mutilé Philomèle, sœur de Progné sa femme, les deux sœurs s'en vengèrent en tuant le fils de ce prince, el en le lui donnant à manger. Philomèle fut changée en rossignol, et Progné en hirondelle. Ovid., Metamorph., lib. VI, 13.

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