‹ Fables et œuvres diverses de J. LaFontaineChapitre 58 sur 287 · II. Le Berger et la Mer · texte numérisé non relu

II. Le Berger et la Mer

Du rapport d'un troupeau, dont il vivait sans soins, Se contenta longtemps un voisin d'Amphitrite ;

Si sa fortune était petite ,

Elle était sûre tout au moins.

A la fin , les trésors déchargés sur la plage Le tentèrent si bien qu'il vendit son troupeau , Trafiqua de l'argent , le mit entier sur* l'eau.

Cet argent périt par naufrage.

Son maître fut réduit à garder les brebis, Non plus berger en chef comme il était jadis, Quand ses propres moutons paissaient sur le rivage : Celui qui s'était vu Corydon ou Tircis

Fut Pierrot, et rien davantage.

Au bout de quelque temps il fit quelques profits,

Racheta des bètes à laine :

Et comme un jour les vents, retenant leur haleine. Laissaient paisiblement aborder les vaisseaux : Vous voulez de l'argent, ô mesdames les Eaux! Dit-il; adressez-vous, je vous prie, à quelque autre Ma foi! vous n'aurez pas le nôtre.

Ceci n'est pas un conte à plaisir inventé. Je me sers de la vérité Pour montrer, par expérience, Qu'un sou, quand il est assuré; Vaut mieux que cinq en espérance;

Qu'il se faut contenter de sa condition ; Qu'aux conseils de la mer et de l'ambition

Nous devons fermer les oreilles.

Pour un qui s'en louera, dix mille s'en plaindront.

La mer promet monts et merveilles :

Fiez-vous-y; les vents et les voleurs viendront.

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