‹ Fables et œuvres diverses de J. LaFontaineChapitre 69 sur 287 · XV. L,e Loup* la Chèvre, et le Chevreau · texte numérisé non relu

XV. L,e Loup* la Chèvre, et le Chevreau

La bique , allant remplir sa traînante mamelle , Et paître l'herbe nouvelle, Ferma sa porte au loquet,

Non sans dire à son biquet :

Gardez-vous, sur votre vie,

D'ouvrir que Ton ne vous die

Pour enseigne et mot du guet :

Foin du loup et de sa race !

Comme elle disait ces mots,

Le loup , de fortune ' , passe.

Il les recueille à propos,

Et les garde en sa mémoire.

Là bique, comme on peut croire,

.N'avait pas vu le glouton.

Dès qu'il la voit partie , il contrefait son ton ,

Et, d'une voix papelarde2, Il demande qu'on ouvre , en disant : Foin du loup!

' Et croyant entrer tout d'un coup.

Le biquet soupçonneux par la fente regarde : -Montrez-moi patte blanche , ou je n'ouvrirai point, S'écria-t-il d'abord. Patte blanche est un point Chez les loups , comme on sait, rarement en usage. Celui-ci. fort surpris d'entendre ce langage, Comme il était venu s'en retourna chez soi. Où serait le biquet s'il eût ajouté foi

Au mot de guet que , de fortune , Notre loup avait entendu?

Deux sûretés valent mieux qu'une , Et le trop en cela ne fut jamais perdu.

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