XVI. !,e Loup, la Hère* et l'Enfant
Ce loup me remet en mémoire Un de ses compagnons qui fut encor mieux pris : Il y périt. Voici l'histoire :
1 Par hasard.
- Mignarde, hypocrite. Papelard n'est usité que comme substantif. La Fontaine en a fait un adjectif.
Un villageois avait à l'écart son logis.
Messer loup attendait ehape-chute1 à la porte :
Il avait vu sortir gibier de toute sorte,
Veaux de lait, agneaux et brebis, Régiments de dindons, enfin bonne provende2. Le larron commençait pourtant à s'ennuyer.
Il entend un enfant crier :
La mère aussitôt le gourmande ,
Le menace, s'il ne se tait, De le donner au loup. L'animal se tient prêt, Remerciant les dieux d'une telle aventure, Quand la mère , apaisant sa chère géniture , Lui dit : Ne criez point; s'il vient, nous le tuerons. Qu'est ceci? s'écria le mangeur de moutons : Dire d'un , puis d'un autre ! Est-ce ainsi que l'on traite .Les gens faits comme moi ? me prend-on pour un sot ?
Que quelque jour ce beau marmot
Vienne au bois cueillir la noisette. . . Comme il disait ces mots, on sort de la maison : Un chien de cour l'arrête; épieux3 et fourches-fières4
L'ajustent de toutes manières.
Que veniez-vous chercher en ce lieu? lui dit-on.
Aussitôt il conta l'affaire.
Merci de moi! lui dit la mère; Tu mangeras mon fils ! L'ai-je fait à dessein
Qu'il assouvisse un jour ta faim ?
On assomma la pauvre bête.
Un manant lui coupa le pied droit et la tète :
1 Expression proverbiale, pour dire, attendait l'occasion de profiter de la négligence ou du malheur d'aiHrui. - Provision de bouché.
3 L'épieu est une arme à fer plat et pointu, dont on se sert pour !;i chasse au sanglier.
4 Ce mol signifie, selon le Duchat, des fourches de fer attachées à. de longues perches, pour renverser les échelles à un assaut ou à une escalade.
Le seigneur du village à sa porte les mit; Et ce dicton picard à l'entour fut écrit :
« Biaux cln'res leups1, n'écoutez mie2 « Mère tenchent chen lieux3 qui crie. »