‹ Fables et œuvres diverses de J. LaFontaineChapitre 7 sur 287 · II. Le Corbeau et le llenard · texte numérisé non relu

II. Le Corbeau et le llenard

Maître corbeau , sur un arbre perché .

Tenait en son bec un fromage.

Maître renard , par l'odeur alléché ,

Lui tint à peu près ce langage :

Hé ! bonjour, monsieur du corbeau , Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !

Sans mentir, si votre ramage

Se rapporte à votre plumage , Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois. A ces mots le corbeau ne se sent pas de joie;

Et , pour montrer sa belle voix , Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie. Le renard s'en saisit , et dit : Mon bon monsieur,

Apprenez que tout flatteur Vit aux dépens de celui qui l'écoute : Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute.

Le corbeau , honteux et confus , Jura y mais un peu tard , qu'on ne l'y prendrait plus.

III. La Grenouille qui se veut faire aussi grosse que le Bœuf.

Une grenouille vit un bœuf

Qui lui sembla de belle taille.

Elle, qui n'était pas grosse en tout comme un œuf, Envieuse, s'étend, et s'enfle, et se travaille Pour égaler l'animal en grosseur ;

Disant : Regardez bien , ma sœur ; Est-ce assez? dites-moi: n'y suis-je point encore? — Pfenni. — M'y voici doue ? — Point du tout. — M'y voilà ? — Vous n'en approchez point. La chétive pécore

S'enfla si bien qu'elle creva.

Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages : Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs, Tout petit prince a des ambassadeurs , Tout marquis veut avoir des pages.

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