XX. 1/ A % are qui a perdu son trésor
L'usage seulement fait la possession.
Je demande à ces gens de qui la passion Est d'entasser toujours, mettre somme sur somme, Quel avantage ils ont que n'ait pas un autre homme. Diogène là-bas est aussi riche qu'eux , Et l'avare ici-haut comme lui vit en gueux. L'homme au trésor caché, qu'Ésope nous propose, Servira d'exemple à la chose.
Ce malheureux attendait Pour jouir de son bien une seconde vie ; Ne possédait pas l'or, mais l'or le possédait. Il avait dans la terre une somme enfouie.
Son cœur avec, n'ayant autre déduit1
Que d'y ruminer jour et nuit , Et rendre sa chevance2 à lui-même sacrée. Qu'il allât ou qu'il vînt, qu'il bût ou qu'il mangeât. On l'eût pris de bien court, à moins qu'il ne songeât A l'endroit où gisait cette somme enterrée. Il y fit tant de tours qu'un fossoyeur le vit , Se douta du dépôt , l'enleva sans rien dire. Notre avare un beau jour ne trouva que le nid. Voilà mon homme aux pleurs : il gémit, il soupire,
Il se tourmente, il se déchire.
Un passant lui demande à quel sujet ses cris.
i Autre plaisir.
2 Son bien.
— C'est mon trésor que l'on m'a pris.
— Votre trésor! où pris? — Tout joignant cette pierre.
— Eh ! sommes-nous en temps de guerre, Pour l'apporter si loin? IN'eussiez-vous pas mieux fait De le laisser chez vous en votre cabinet ,
Que de le changer de demeure ?
Vous auriez pu sans peine y puiser à toute heure.
— À toute heure , bons dieux ! ne tient-il qu'à cela ?
L'argent vient-il comme il s'en va ?
Je n'y touchais jamais. — Dites-moi donc, de grâce, Reprit l'autre, pourquoi vous vous affligez tant : Puisque vous ne touchiez jamais à cet argent,
Mettez une pierre à la place;
Elle vous vaudra tout autant.