‹ Fables et œuvres diverses de J. LaFontaineChapitre 79 sur 287 · IV. les Oreilles du lièvre · texte numérisé non relu

IV. les Oreilles du lièvre

Un animal cornu blessa de quelques coups Le lion , qui , plein de courroux , Pour ne plus tomber en la peine , Bannit des lieux de son domaine

Toute bête portant des cornes à son front.

Chèvres , béliers , taureaux , aussitôt délogèrent -, Daims et cerfs de climat changèrent :

Chacun à s'en aller fut prompt.

Un lièvre , apercevant l'ombre de ses oreilles , Craignit que quelque inquisiteur

N'allât interpréter à cornes leur longueur,

Ne les soutint en tout à des cornes pareilles.

Adieu, voisin grillon, dit-il : je pars d'ici :

Mes oreilles enfin seraient cornes aussi,

Et quand je les aurais plus courtes qu'une autruche.

Je craindrais même encor. Le grillon repartit :

Cornes cela ! Vous me prenez pour cruche !

Ce sont oreilles que Dieu fit.

On les fera passer pour cornes , Dit l'animal craintif, et cornes de licornes. J'aurai beau protester -, mon dire et mes raisons

Iront aux Petites-Maisons1.

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