V. Le Renard ayant la queue coupée
Un vieux renard , mais des plus fins , Grand croqueur2 de poulets, grand preneur de lapins.
Sentant son renard d'une lieue ,
Fut enfin au piège attrapé.
Par grand hasard en étant échappé, Non pas franc , car pour gage il y laissa sa queue : S'étant, dis-je, sauvé sans queue, et tout honteux, P pur avoir des pareils (comme il était habile), Un jour que les renards tenaient conseil entre eux Que faisons-nous, dit-il, de ce poids inutile, Qui va balayant tous les sentiers fangeux ? Que nous sert cette queue ? Il faut qu'on se la coupe :
Si l'on me croit, chacun s'y résoudra.
Votre avis est fort bon. dit quelqu'un de la troupe : Mais tournez-vous, de grâce; et l'on vous répondra-
i Hôpital de- fous, à Paris, qui a reçu depuis une autre destination, cl est devenu l'Hospice des Ménages.
î Mol inventé par la Fontaine, qui ne se trouve pas dans le dictionnaire,et qui cependant est si clairet si heureusement trouve qu'il n'a nul besoin d'explication.
A ces mots il se lit une telle huée , Que le pauvre écourté ne put être entendu. Prétendre ôter la queue eût été temps perdu La mode en l'ut continuée.