VIII. I^e Cheval et le Loup
Un certain loup , dans la saison Que les tièdes zéphyrs ont l'herbe rajeunie, Et que les animaux quittent tous la maison
Pour s'en aller chercher leur vie ; Un loup, dis-je, au sortir des rigueurs de l'hiver, Aperçut un cheval qu'on avait mis au vert.
Je laisse à penser quelle joie.
Bonne chasse, dit-il, qui l'aurait à son croc! Eh ! que n'es-tu mouton ! car tu me serais hoc1 ; Au lieu qu'il faut ruser pour avoir cette proie. Rusons donc. Ainsi dit, il vient à pas comptés-,
Se dit écolier d'Hippocrate ; Qu'il connaît les vertus et les propriétés
De tous les simples de ces prés :
Qu'il sait guérir, sans qu'il se flatte , Toutes sortes de maux. Si dom coursier voulait
ÎS'e point celer sa maladie ,
i Dans Molière (Femmes savantes, acte V, scène m, t. IX, p. 200 de l'édit. d'Àuger), Martine dit :
.... Mon cor.gé cent fois en fût-il hoc, La poule ne doit pas chanter deTant le coq.
Sur 1 1 n < > i M. Augcr fait la remarque suivante : « Celte expression vient du hoc, jeu de cartes qu'on appelle ainsi parce qu'il y r. six. cartes, savoir, les quatre rois, la dame de pique, et le valet de carreau, qui sont hoc, c'est-à-dire, assurées à celui qui les joue, et qui coupent toutes les autres caries. »
LIVEE V. FABLE IX. 169
Lui loup , gratis , le guérirait ;
Car le voir en cette prairie
Paître ainsi, sans être lié, Témoignait quelque mal , selon la médecine.
J'ai, dit la bête chevaline,
Une apostume sous le pied.
Mon fils, dit le docteur, il n'est point de partie
Susceptible de tant de maux.
J'ai l'honneur de servir nos seigneurs les chevaux,
Et fais aussi la chirurgie.
3Ion galant ne songeait qu'à bien prendre son temps,
Afin de happer son malade.
L'autre, qui s'en doutait, lui lâche une ruade
Qui vous lui met en marmelade
Les mandibules1 et les dents.
C'est bien fait, dit le loup en soi-même, fort triste; Chacun à son métier doit toujours s'attacher.
Tu veux faire ici l'arboriste *,
Et ne fus jamais que boucher.