‹ Fables et poésies diversesChapitre 1 sur 257 · SUR CETTE ÉDITION · texte numérisé non relu

SUR CETTE ÉDITION

Le recueil de mes fables a paru pour la première fois vers la fin de 1812; il se composait alors de quatre livres : en 1817, il en a été fait , à Bruxelles , une seconde édition, qui comportait deux livres de plus ; deux livres ajoutés à cette troisième édition portent aujourd'hui à huit livres la somme de mes essais en ce genre. Je l'ai augmentée de moitié. Peut-être aurais-je dû faire le contraire. Jugez-en.

Ma situation a subi de grandes vicissitudes pendant les années qui séparent ces

h QUELQUES MOTS

diverses éditions. A la tranquillité dont je jouissais ont succédé toutes les inquiétudes qui naissent de la proscription , toutes les inquiétudes que peut susciter une persécution dont l'activité s'est prolongée par-delà mon exil, et n'a cessé que depuis qu'une volonté suprême a défendu de persécuter qui que ce soit.

J'ai cherché dans les lettres des distractions à mes malheurs : peut-être n'ai-je fait que de m'occuper de mes malheurs en m'occupant des lettres. S'il en est ainsi , puissent mes dernières fables ne pas trop se ressentir de cette triste préoccupation , et ne pas paraître indignes de la faveur qu'ont obtenue les premières !

Plusieurs de ces fables étaient dédiées à des personnes dont la condition a changé ; je n'ai pas cru néanmoins devoir changer leurs qualifications. Voici mes raisons : in-

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dépendamment de ce qu'elles sont nécessaires à l'intelligence des rapports qui existaient entre ces personnages et les allusions que présentent ces fables, ces qualifications constatent ce qui était , ce que nulle puissance ne peut empêcher d'avoir été. Rien ne peut faire que le comte Regnault de Saint- Jean d'Angely n'ait été membre de l'institut1, le fils de Napoléon, roi de Rome, et le comte Fontanes 2 , aussi détrôné , grandmaître de l'université impériale.

Je n'ai pas cru devoir rétracter non plus les éloges que j'ai donnés à des hommes qu'il est hors de mode de louer; si l'on me demande pourquoi , je répondrai : parceque ce n'était pas par mode que je les louais; parcequ' une rétractation serait une lâcheté qui en constaterait une autre ; parcequ'enfin je n'ai jamais loué qui que ce soit que sous des rapports Jpuables.

iv QUELQUES MOTS SUR CETTE ÉDITION.

Je me plais à croire que ces motifs seront appréciés par les écrivains de bonne foi, et particulièrement par l'auteur du Génie du christianisme 5; il n'a pas que je sache révoqué les louanges aussi justes que magnifiques accordées par son impartialité « à l'homme chéri de Dieu, au moderne Cyrus, qui avait rétabli l'ordre et relevé les autels en France. »

Dernière considération : quiconque écrit ou parle des hommes avant qu'ils aient cessé d'exister, en écrit ou en parle d'après ce qu'ils ont été jusqu'alors. 11 dit ce qu'ils sont , non ce qu'ils seront, comme le baromètre constate le temps qu'il fait , mais non celui qu'il fera.

A. V. A11NAULT.

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