‹ Fables et poésies diversesChapitre 102 sur 257 · LIVRE SIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIEME

LA DEBACLE.

Ici point d'hiver éternel,

Et parfois en solide glace Du liquide élément s'il durcit la surface , Ce n'est pas pour long-temps. D'un regard paternel , Le soleil consolant la nature éplorée , Vient réparer bientôt le mal qu'a fait Borée.

Cependant jusqu'aux jours nouveaux , Que le Bélier céleste avec les fleurs amène, A nos regards et la terre et les eaux

Ne forment qu'une même plaine.

Naguère un imprudent s'avisa d'y bâtir.

« Mais vous n'y pensez pas , lui disait-on. — J'y pense ;

« Et veux ici même établir

« Le centre d'un domaine immense.

« — Mais c'est bâtir sur l'eau. — C'est bâtir sur le roc. «- Qu'on me trouve un terrain plus égal et plus ferme. « Cède-t-il sous le poids ? fléchit-il sous le choc ? « — Mais sa solidité pourrait avoir un terme.

« Attendons le dégel prochain.

« — Plus de, mais. A l'instant que l'on se mette en train. « Si la tour de Babel n'est pas encor finie, « C'est qu'on y parlait trop. Son avis à chacun, « C'est de droit ; mais de fait , comme on n'en suivra qu'un , « Suivez le mien. » Discours d'un homme de génie

Qui n'avait pas le sens commun !

N'importe : la maison s'élève ,

S'étend , et se couvre et s'achève. Quoique faite à la hâte , elle effaçait , dit-on ,

Les plus beaux castels du canton.

En son manoir notre homme aussitôt s'emménage ,

Et souriant à son ouvrage , « Nous pouvons de l'hiver attendre ici la fin ; « Au printemps , grâce à Dieu , nous ferons le jardin ; « Qu'il vienne ï » Il est venu... Tout près du Capricorne , Le soleil, se tournant enfin vers nos climats, Prend pitié du Cancer ?x, qui, transi, triste et morne ,

Grelottait couvert de frimas.

Quoique de loin , partout où ses rayons se glissent , La neige disparaît , les glaçons s'amollissent , L'hiver recule et fuit vers les antres du nord. Et notre château? Comme il tint ferme d'abord, A sa solidité l'on s'obstinait à croire.

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