LE CERF-VOLANT
Un cerf-volant aux ailes d'or, A la queue ondoyante, aux pendantes oreilles, En longueur, en grosseur, en pesanteur pareilles,
Dans les cieux avait pris l'essor.
Emporté par les vents bien au-delà des nues ,
Dans les hautes plaines de l'air Où se forge la foudre , où s'allume l'éclair ,
Et de Garnerin ?> si connues,
Tout voisin du séjour des dieux,
Il échappait aux meilleurs yeux.
Sa tête n'y tint pas. Tous les jours elle tourne A gens montés moins haut ! « N'était ce maudit fil , « J'irais plus haut encor ! J'irais , s'écriait-il , « Jusqu'au trône éternel où Jupiter séjourne.
« Ne puis-je m'en débarrasser? »
Comme il disait ces mots , le fil vient à casser. Vous devinez le reste; il dégringole. En butte Aux outrages des vents qu'il croyait dominer, Nouvel Icare , il voit son vol se terminer
Par la plus misérable chute.
Méditez la leçon que ce récit contient, Étourdis , dont la tête est parfois blanche et chauve La puissance qui nous retient Est souvent celle qui nous sauve.