AUX AMIS QUI ME RESTENT
Voyez, à l 'arrière-saison ,
Sous le fléau qui le travaille ,
Le blé jaillir de sa prison
Et se séparer de la paille.
Bientôt après, dans le grenier
Où le métayer le renferme ,
Où d'un bras souple autant que ferme Le vanneur le tourmente en ce vaste panier 79 j Voyez-le , s'épurant par cette autre fatigue ,
Se séparer du mauvais grain, Qui trop souvent au bon dispute le terrain , Et dont la providence est vraiment trop prodigue.
C'est votre histoire , ô mes amis !
Si l'épreuve un peu rude où le sort m'a soumis A tant soit peu réduit votre nombre, j'atteste
Que, sur cet osier agité
Par les mains de l'adversité ,
Le pur froment du moins me reste.
FABLE XIII
LA FUSEE.
En lumineux sillons , dans son élan rapide , Du sein de la poussière allant frapper les cieux , D'où vient que la fusée , échappant à nos yeux , Tout aussitôt se perd dans l'ombre et dans le vide ? C'est que l'ardent salpêtre enfermé dans son cœur Brise , en la consumant de sa propre splendeur , Cette prison qu'il s'est ouverte.
La cause de notre grandeur Peut l'être aussi de notre perte.