‹ Fables et poésies diversesChapitre 119 sur 257 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

« Jamais ce ton grondeur, jamais cet air sinistre. « Ainsi que tout désir m'épargnant tout travail , « Il conduirait l'empire aussi bien qu'un sérail:

« J'en veux faire un premier ministre.

« — En fait de politique et de gouvernement , « Sultan, dit le visir, chacun a son système; « Te plaire est le meilleur : le mien conséquemment « Est mauvais ; toutefois ne pourrais-je humblement

« Te soumettre un petit problème ?

« — Parle. — Ce n'est pas d'aujourd'hui

« Que péniblement je me traîne ; « Vieux et cassé , sultan , dans sa marche incertaine ,

« Ma faiblesse a besoin d'appui.

« Or , j'ai deux roseaux de la Chine : « Plus ferme qu'un bâton, l'un ne sait pas plier ; « L'autre , élégant , léger , droit comme un peuplier ,

« Est plus souple qu'une badine.

« Lequel choisir ? — Lequel , Rustan ? Je ne crois pas «■ Qu'un flexible bambou puisse assurer nos pas.

« — Tu le crois , lorsque tu m'arraches

« Ton sceptre affermi par mes mains

« Pour le livrer à des faquins

« Sans caractère et sans moustaches ? »

Rois , vos ministres sont pour vous Ce qu'est pour nous ce jonc dont l'appui nous assiste. Je le dis des visirs ainsi que des bambous , On ne peut s'appuyer que sur ce qui résiste.

FABLE XVI

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