‹ Fables et poésies diversesChapitre 124 sur 257 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

Gomme il gronde à l'entour de mon front, dès l'été,

Non glacé , mais couvert de neige ?

Sans songer à me consoler,

A ce bruit qui les importune ,

J'ai vu fuir, j'ai vu s'envoler Mes bons amis 83... non pas , mais ceux de ma fortune ; Ceux qui mieux qu'elle encore avaient su me leurrer. Bien que désappointé , je n'eus , s'il faut le dire ,

Je n'eus ni la force d'en rire ,

Ni la faiblesse d'en pleurer.

Il en fut autrement , quand le décret barbare Qui de tout ce que j'aime aujourd'hui me sépare ,

Changea mes dépits en douleurs.

Ils couleraient encor, mes pleurs , Si d'une main tant douce , tant légère , Que souvent je l'ai crue celle de l'amitié ,

La pitié , la tendre pitié , Ne les eût essuyés sur la rive étrangère , Où le sort ne m'est plus rigoureux qu'à moitié ;

Où j'ai retrouvé plus d'un frère ;

Où ce généreux sentiment ,

Que la Suisse a si prudemment

Banni de ses treize provinces 84 ,

Et l'Anglais de son parlement 85 , Echauffe tous les cœurs, anime également Le Belge , le Batave , à nos malheurs vraiment

Aussi sensibles que leurs princes.

Terre de l'hospitalité !

2oS FABLES.

Où ma jeté la barbarie , Où m'accueillit l'humanité, Où je retrouve une patrie , Où l'exil m'assure un tombeau Près d'Arnauid 86 le théologique , Et du Rousseau qu'en rhétorique , On appelle le grand 8? Rousseau; Chez toi je ne crains pas d'achever ma carrière. Et puisse , avant , le ciel , propice à ma prière , Me montrer le bonheur à son comble porté Dans les deux parts de ce royaume , Où l'héritier du grand Guillaume 88 N'a pas peur de la liberté!

A BRUXELLES, EN MAI l8l6.

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