LIVRE VII. 2i
Minet voit voltiger partout
Le poil qui. manque à sa fourrure.
Minet menace ; on rit ; il jure :
« Jacot, Jacot, je sens ma patience à bout; « Pour la dernière fois , finis , je t'en conjure : « Je ne réponds de rien. — Moi, je réponds de tout , » Dit Jacot , sans finir. Il eut tort d'en répondre ;
Car de leur pacifique étui Les griffes du matou , s'échappant malgré lui , Sur le nez du magot tout-à-coup viennent fondre. « Des griffes ! dit Jacot, reculant de vingt pas ; « Des griffes ! pourquoi donc ne le disais-tu pas ? « Traître ! Et puis fiez-vous à ces bons escogriffes ! « — Ne t'en prends , dit Minet, qu'à tes jeux imprudents.
« Ami Jacot, ce sont tes dents
« Qui m'apprennent que j'ai des griffes! »
2iG FABLES.
FABLE II
LE MARRONIER.
Le sage a dit : « Je reconnais
« L'arbre à ses fruits , l'homme à ses faits. » Propos sensé 5 j'en fais aujourd'hui ma devise ; Et puis j'entre en matière. Un garçon jardinier Sur un châtaignier franc inséra par méprise , Ou par bêtise ,
Une greffe de marronier 9°.
L'arbre grandit, grossit , et de son vaste ombrage
Couvre bientôt le voisinage.
Mais plus il croît, et plus dépérit le verger. Poiriers , pommiers , pruniers , tout pâlit , tout s'altère , Et les bienfaits du ciel , et les dons de la terre
Ne profitent qu'à l'étranger.
« Eh ! pourquoi ? pour qu'il se couronne
«■ Au printemps de fleurs sans parfums,
« Ou que de ses fruits importuns
« La grêle m'écrase en automne ?
« Et pas un fruit à la maison ! « Des prunes , en mon clos autrefois si communes ,