‹ Fables et poésies diversesChapitre 136 sur 257 · AU ROI PÉTAU · texte numérisé non relu

AU ROI PÉTAU

Lisez , sire , lisez ma fable , je vous prie ; Vous y verrez un but moral , Et pas un mot de flatterie.

C'est du#rare. Thomas , roi dans son écurie , Pour tout équipage royal N'avait qu'un âne et qu'un cheval.

A tous deux il donnait la même nourriture ,

Et les mettait tous deux à la même voiture.

N'en rions pas : je sais plus d'un gouvernement Où l'on suit la même méthode :

Les ânes la trouvent commode ;

Les chevaux , il est vrai , pensent différemment.

Ces deux races n'ont pas des allures pareilles :

Le cheval avait mis la charrette à son pas ;

Il trottait. Différent et de cœur et d'oreilles ,

L'âne trottait aussi , mais il ne tirait pas ;

Il marchait au travail comme à la promenade ,

25o FABLES.

En vrai bourgeois , tandis que notre limonier , De temps en temps , avec la charge et le fermier ,

Traînait encor son camarade , Et fourbu, chaque soir, rentrait à la maison.

Un jour il en tomba malade.

L'expérience enfin profite à la raison, Quand on en a. « Comment, dit-il, je me condamne « A traîner double poids , quand ce sot animal ,

« Qu'on traite ici comme un cheval ,

« Ne sert pas même comme un âne !

« C'en est assez : réglons notre pas sur le sien. » Il le fait; et, depuis, Thomas, dans nos banlieues

Si connu pour trotter si bien , A peine en quinze jours fait ses quatorze lieues.

O vous qui conduisez la charrette ou l'état ,

Songez-y tous tant que vous êtes , Le premier des talents, même en un potentat, C'est de savoir d'abord appareiller ses bêtes.

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