‹ Fables et poésies diversesChapitre 135 sur 257 · LE BOEUF ET LE TAUREAU · texte numérisé non relu

LE BOEUF ET LE TAUREAU

Sa majesté lionne, à ce que dit l'histoire,

Ou bien la fable , et c'est même chose à peu près ,

Sa majesté lionne, un jour, dans ses forêts,

Fit convoquer un consistoire , Je veux dire un conseil : le roi voulait pourvoir Aux besoins de l'état ; le roi voulait savoir

Ce qu'en pensaient les fortes têtes.

Aussitôt les plus grosses bêtes De répondre à l'appel se sont fait un devoir. L'éléphant vient ; Bertrand , chambellan de service , Ouvre les deux battants à ce grave penseur. Plus gai , mais non moins franc que Gaton le censeur ,

Bertrand n'était pas un novice :

Joignant beaucoup de sens à beaucoup de malice,

Ce singe , avec chaque animal , Se comporte suivant ce qu'à la cour on pense De ce seigneur; il fait politesse au cheval;

A l'âne il fait impertinence ;

Il ouvre à monsieur le chameau ;

Il ouvre à monsieur le taureau ; Quant à monsieur le bœuf, à son nez porte close.

On se fâche pour moindre chose.

Le bœuf de se fâcher : « Quoi ! c'est à moi qu'on ose « Refuser l'huis du prince 92 ? Est-ce de son aveu » Qu'on ferme le conseil à des gens de ma sorte ?

« Ai-je donc la tête moins forte « Que ce taureau ? Peut-on laisser l'oncle à la porte

« Quand on vient d'ouvrir au neveu?

« — C'est un penseur; mais toi, » répond le saltimbanque

En le toisant d'un œil moqueur , « Peux-tu penser? Les bons conseils viennent du cœur 93;

« Ne sait-on pas ce qui te manque?- « Venir ici , c'est perdre et ton temps et tes pas : « Tu rumines , l'ami , mais tu ne penses pas. »

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