LA TARENTULE
Mes beaux jours se sont envolés.
Arts divins! grâce à vous quelquefois je l'oublie ; Jadis vous enchantiez ma vie , Aujourd'hui vous la consolez.
11 est aux rives de Tarente Un insecte hideux et gonfl é de venin ;
Madame Arachné, sa parente,
Est d'un naturel doux , bénin , Gracieux , près du sien , dont les humeurs farouches Ne sont pas seulement à craindre pour les mouches.
Vous craignez sa rencontre aussi,
Habitants de ces beaux rivages ;
Les verts gazons , les frais ombrages Sont bien plus dangereux en vos climats qu'ici. Qu'y trouvons-nous parfois quand vient la canicule ? L'amour : quoi qu'on ait dit du mal que font ses traits , En meurt- on ? L'on mourut long-temps dans vos forêts
Du mal que fait la tarentule.
Long- temps , monsieur Purgon , les efforts de votre art
N'ont rien pu contre une piqûre.
On n'avait ni Bourdois 97 , ni Rymers ,jS , et la cure Que ferait le génie , on la dut au hasard.
Voici comment advint l'affaire :
Un homme était au bois. Au bois qu'allait-il faire i3 Des fagots ou des vers? n'importe. Il est mordu. Le poison dans son corps est bientôt répandu.
Bientôt une langueur stupide Engourdit , assoupit tous ses sens à la fois. Narcotiques accords de l'opéra gaulois ,
Votre effet n'est pas plus rapide.
Le malheureux ! tel était son danger , Qu'il avait de ses goûts perdu toute mémoire.
Gourmand , il ne veut plus manger ;
Ivrogne , il refuse de boire.
Plus d'espoir ! Qu'opposer à l'accès redoublé
De la vapeur mélancolique
Dont le pauvre homme est accablé ?
La médecine est vaine; oui , mais non la musique. Passe une noce : aux doux accents du flageolet ,
Aux sons bruyans de la guitare, Un délire nouveau du moribond s'empare ; Délire un peu plus gai , mais non pas moins complet Que l'autre : le voilà qui s'agite en cadence ; Malgré son médecin , sa femme et son valet ,
Le voilà qui se met en danse , Sans façon, sans toilette, en voisin, tel qu'il est :