‹ Fables et poésies diversesChapitre 146 sur 257 · LA TARENTULE · texte numérisé non relu

LA TARENTULE

Mes beaux jours se sont envolés.

Arts divins! grâce à vous quelquefois je l'oublie ; Jadis vous enchantiez ma vie , Aujourd'hui vous la consolez.

11 est aux rives de Tarente Un insecte hideux et gonfl é de venin ;

Madame Arachné, sa parente,

Est d'un naturel doux , bénin , Gracieux , près du sien , dont les humeurs farouches Ne sont pas seulement à craindre pour les mouches.

Vous craignez sa rencontre aussi,

Habitants de ces beaux rivages ;

Les verts gazons , les frais ombrages Sont bien plus dangereux en vos climats qu'ici. Qu'y trouvons-nous parfois quand vient la canicule ? L'amour : quoi qu'on ait dit du mal que font ses traits , En meurt- on ? L'on mourut long-temps dans vos forêts

Du mal que fait la tarentule.

Long- temps , monsieur Purgon , les efforts de votre art

N'ont rien pu contre une piqûre.

On n'avait ni Bourdois 97 , ni Rymers ,jS , et la cure Que ferait le génie , on la dut au hasard.

Voici comment advint l'affaire :

Un homme était au bois. Au bois qu'allait-il faire i3 Des fagots ou des vers? n'importe. Il est mordu. Le poison dans son corps est bientôt répandu.

Bientôt une langueur stupide Engourdit , assoupit tous ses sens à la fois. Narcotiques accords de l'opéra gaulois ,

Votre effet n'est pas plus rapide.

Le malheureux ! tel était son danger , Qu'il avait de ses goûts perdu toute mémoire.

Gourmand , il ne veut plus manger ;

Ivrogne , il refuse de boire.

Plus d'espoir ! Qu'opposer à l'accès redoublé

De la vapeur mélancolique

Dont le pauvre homme est accablé ?

La médecine est vaine; oui , mais non la musique. Passe une noce : aux doux accents du flageolet ,

Aux sons bruyans de la guitare, Un délire nouveau du moribond s'empare ; Délire un peu plus gai , mais non pas moins complet Que l'autre : le voilà qui s'agite en cadence ; Malgré son médecin , sa femme et son valet ,

Le voilà qui se met en danse , Sans façon, sans toilette, en voisin, tel qu'il est :

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