‹ Fables et poésies diversesChapitre 155 sur 257 · LES DEUX CHEVAUX DE COURSE · texte numérisé non relu

LES DEUX CHEVAUX DE COURSE

Un noble , lin très noble cheval ,

Que néanmoins clans la carrière

Un cheval bourgeois , son rival ,

Venait de laisser en arrière,

Dans son dépit, d'un ton moqueur ,

Disait au modeste vainqueur :

« Pour me devancer à la course ,

k Te crois-tu coursier de mon rang ?

« Ne sais-tu pas à quelle source

« J'ai puisé l'honneur et le sang ?

« Jette les yeux sur cette liste :

« Vois comme un généalogiste,

« Car les chevaux en ont aussi ,o3,

« Atteste par sa signature,

« Aux roturiers qui sont ici ,

« Combien ma race est vieille et pure.

« Au criquet du meunier voisin

« Crois-tu que je doive la vie,

« Moi fils , moi neveu , moi cousin ,

« Des plus fiers coursiers d'Arabie ?

« Toi qui prends des airs de grandeur ,

« Où sont tes papiers ? Voilà comme

« Tout va dans ce siècle trompeur :

« Monsieur tranche du grand seigneur,

« Il n'est pas même gentilhomme !

« Tandis que d'un grand empereur

« Mon père était premier coureur ,

« Le tien, passant à l'aventure

« Aux mains de gens de tous métiers ,

« N'était-il pas des vils chartiers Io4

« Le limonier ou la monture ?

« Penses-tu qu'on l'ignore ? — Eh bien !

« On n'en conclut pas, je l'espère,

« Que chez moi le sang dégénère , »

Reprit le noble plébéien.

« L'ami, je crois valoir mon père;

« Mais toi , crois-tu valoir le tien ? »

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