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LA MONTRE

Monsieur Musard Io5, en quelque endroit qu'il aille, Toujours arrive ou trop tôt ou trop tard.

Ce n'est pas que monsieur Musard

Soit homme à rien faire au hasard ;

Soit qu'il s'amuse ou qu'il travaille , Sa montre a tout réglé : Breguet exprès pour lui La fit parfaite lo6, et pourvu qu'on la monte,

Mieux que toute autre elle tient compte De tous les pas qu'a faits le temps qui s'est enfui.

Jamais elle ne se dérange ;

Que du froid au chaud le temps change, Qu'on trotte ou qu'on s'arrête , allant toujours son train,

Cette inaltérable merveille ,

Marche juste le lendemain

Tout comme elle a marché la veille.

Et d'un chef-d'œuvre aussi complet

Pourtant 1 heureux propriétaire

Est l'homme de toute la terre

Qui sait le moins quelle heure il est.

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Chaque instant le retrouve en faute ; Mais comme de sa montre il prend toujours conseil , Le reprend-on , « Messieurs , dit-il dune voix haute ,

« Je me règle sur le soleil. »

De tous les intérêts qu'il froisse , Celui des gens dits de bon appétit Est le moins indulgent , s'il est le plus petit. Un jour, un de ces gens à jeun lui repartit ,

« Réglez-vous donc sur la paroisse! »

Réformateurs du genre humain , Je préfère aussi , moi , l'instinct de la nature , A ce fatras moitié gaulois , moitié romain, Que chaque an repétrit chaque législature ;

Mais comme il a force de loi , Dans ce monde où , malgré les sots dont il abonde ,

Il vous faut vivre vous et moi ,

Plions-nous à ces lois du monde.

Il avait raison l'homme à jeun :

La loi même est souvent moins forte que l'usage,

Et c'est sur le cadran commun

Que marche la montre du sage.

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