‹ Fables et poésies diversesChapitre 177 sur 257 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

S'élève un grand débat. Quel en était l'auteur?

C'est monsieur le serpent , qui , d'un air de hauteur ,

Dispute au calomniateur

Les honneurs de la préséance.

« — Au plus méchant tu dis qu'elle appartient; bavard,

« Trêve donc à toute harangue :

« Pourrais-tu comparer le mal que fait ta langue

« Au mal que fait mon triple dard ? » A ces mots, alongeant sa tête meurtrière,

Au premier rang il se glissait,

Et, tout en sifflant , il laissait

Son compétiteur en arrière.

« — Halte-là, du plus haut de son trône infernal, « Halte-là , dit le diable au rampant animal :

« A notre cour point d'injustices.

« Les honneurs sont réglés chez nous sur les services. « Tu fais beaucoup de mal , je n'en disconviens pas :

« Un prompt et douloureux trépas « Coule avec le venin dans les moindres blessures

« Qu'aux pauvres gens font tes morsures ;

« Mais tes morsures, ton venin,

« Ne menacent que ton voisin.

« Le calomniateur esta craindre , au contraire, « Partout , au même instant , dans ce vaste univers ; « Tout est voisin pour lui : ni les monts ni les mers , « A ses assassinats ne sauraient vous soustraire ; « Il atteint l'ange au ciel , et le diable aux enfers.

« Ordonnons qu'avant les couleuvres ,

« Les vipères et les aspics ,

« Et même avant les basilics ,

« Il prendra rang , grâce à ses œuvres. »

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