‹ Fables et poésies diversesChapitre 178 sur 257 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

Reposons-nous : pour cette fois , C'est bien tout de bon que je crois L'avoir fini, cet édifice , Au son de la lyre élevé ; Mais commencé, mais achevé, Sous un bien différent auspice !

J'ai vu trois lustres s'écouler Depuis qu'en sa marche incertaine Mon pied s'avisa de fouler Le champ qu'étendit La Fontaine.

Mon pays rayonnait alors De l'éclat de toutes les gloires; Et les chants de mille victoires Se mariaient à mes accord* Parfois un peu de tyrannie Gênait bien notre liberté , Mais, tolérable à ma fierté, C'était celle au moins du génie.

O jours de triomphe et d'orgueil!

Jours évanouis comme l'ombre !

A vos prospérités sans nombre

3oo FABLES.

Succède un long et vaste deuil.

Des fils du Nord j'ai vu la foule Deux fois se presser dans Paris ; Et mes concerts deux fois repris , Deux fois se sont tus à leurs cris, Mêlés au fracas des débris D'un vaste empire qui s'écroule.

Proscrit Mais laissons mon malheur,

Dans les publiques infortunes Perdu, comme un cri de douleur Dans le cri des douleurs communes; Et puis l'attentive amitié M'en rend la charge si légère !

Errant sur la rive étrangère, J'y rencontre tant de pitié !

J'y rencontre aussi l'espérance , Le plus constant de nos flatteurs, Qui dans ses bras consolateurs Endort quelquefois la souffrance.

Aux erreurs d'un si doux sommeil J'ai du parfoi#ma délivrance, Et j'en gémis à mon réveil , Qui m'exile encor de la France !

A BRUXELLES, EN FEVRIER l8tÇ).

Page 1