DE L'INSTITUT
Toi qui vis vraiment comme un sage , Sans te montrer, sans te cacher, Sans fuir les grands, sans les chercher, Exemple assez rare en notre âge , Pardonne-moi, cher Andrieux, Dans ces vers qu'aux vents je confie , De dévoiler à tous les yeux Ta secrète philosophie.
Certain Lapon des plus trapus , Certain Cafre des plus camus , Equipaient , comme on dit , de la bonne manière
Un homme qui, fermant l'oreille à leurs raisons, Vantait l'astre éclatant qui préside aux saisons , Enfante la chaleur, et produit la lumière.
« Peut-il ériger , s'il n'est fou ,
« En bienfaiteur de la nature « Un astre qui six mois me cache sa figure ,
« Et va briller je ne sais où , j
« Tandis que je gèle en mon trou ,
« Malgré ma femme et ma fourrure ? »
On conçoit que celui qui s'exprimait ainsi N'était pas l'habitant de la zone torride. « Pour moi , disait cet autre , en mon climat aride ,
« Je ne gèle pas , Dieu merci ,
« Mais je rôtis en récompense ; » Et, sans avoir l'honneur d'être Lapon, je pense
« Qu'un fou lui seul a pu vanter
« La douce et bénigne influence « Du soleil , qui ne luit que pour me tourmenter ;
« Qui , d'un bout de l'année à l'autre ,
« Embrase la terre , les airs , « Et porte , en mon pays , jusques au fond des mers
« La chaleur qu'il refuse au vôtre. »
Le fou qui cependant célébrait les bienfaits
Du roi de la plaine éthérée ,
Fils de la zone tempérée , N'était rien moins que fou, quoiqu'il fut né Français. Sans se formaliser des vives apostrophes
Du nègre et du nain philosophes ,