‹ Fables et poésies diversesChapitre 23 sur 257 · A MA FEMME · texte numérisé non relu

A MA FEMME

Que j'aime le colin-maillard !

C'est le jeu de la ville et celui du village ;

Il est de tout pays, et même de tout âge;

Presque autant qu'un enfant il égaie un vieillard. Voyez comme il se précipite , Sans penser même aux casse-cous , Gomme il tourne , comme il s'agite

Parmi ce jeune essaim de folles et de fous ,

Ce jeune homme enivré , qu'on cherche et qu'on évite.

Quel plaisir ! il poursuit vingt belles à la fois ;

Comme la moins sévère il prend la plus farouche : S'il n'y voit pas , du moins il touche ; Ses yeux sont au bout de ses doigts. Que dis-je? hélas ! tout n'est pas fête :

Au lieu des doux attraits qu'on croit en son pouvoir , Si l'on rencontre pot au noir, Jeune homme , alors , gare à la tête.

En amour, comme au jeu qu'en ces vers nous chantons ,

Un bandeau sur les yeux, on s'attrape à tâtons.

De son aveuglement , sage qui se défie ,

Et qui , même en trichant , cherche à voir tant soit peu.

Mais c'est ainsi, dit-on, que l'on friponne au jeu :

C'est ainsi qu'on y gagne , et que j'ai pris Sophie.

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