A MA FEMME
Que j'aime le colin-maillard !
C'est le jeu de la ville et celui du village ;
Il est de tout pays, et même de tout âge;
Presque autant qu'un enfant il égaie un vieillard. Voyez comme il se précipite , Sans penser même aux casse-cous , Gomme il tourne , comme il s'agite
Parmi ce jeune essaim de folles et de fous ,
Ce jeune homme enivré , qu'on cherche et qu'on évite.
Quel plaisir ! il poursuit vingt belles à la fois ;
Comme la moins sévère il prend la plus farouche : S'il n'y voit pas , du moins il touche ; Ses yeux sont au bout de ses doigts. Que dis-je? hélas ! tout n'est pas fête :
Au lieu des doux attraits qu'on croit en son pouvoir , Si l'on rencontre pot au noir, Jeune homme , alors , gare à la tête.
En amour, comme au jeu qu'en ces vers nous chantons ,
Un bandeau sur les yeux, on s'attrape à tâtons.
De son aveuglement , sage qui se défie ,
Et qui , même en trichant , cherche à voir tant soit peu.
Mais c'est ainsi, dit-on, que l'on friponne au jeu :
C'est ainsi qu'on y gagne , et que j'ai pris Sophie.