LES DIEUX JOUANT AU COLIN-MAILLARD
Dans l'Olympe on s'ennuie. — Y pensez-vous , grands dieux1 — Oui, messieurs ; oui, j'y pense , et je veux le redire : Dans l'Olympe on s'ennuie , ainsi qu'en d'autres lieux
Qui souffrent peu le mot pour rire.
Dieux d'en haut , dieux d'en bas , vous jetez quelquefois Des regards envieux sur la fange où nous sommes. Il est beau d'être dieux , il est bon d'être rois ;
Mais il est doux parfois d'être hommes.
Jupiter le pensait ainsi.
Un soir , libre de tout souci , Voulant se divertir sans user son tonnerre , «■ Or çà , dit-il aux dieux , amusons-nous ici
« Comme on s'amuse sur la terre.
« Momus ' 7, un jeu bien gai ! — Bien gai ? » dit l'égrillard Qui des jeux dans sa tête a tout le répertoire ; « Jouons un jeu d'enfants ; si vous voulez m'en croire ,
« Nous ferons un colin -maillard. »
En quatre mots il fait connaître Le jeu terrestre à la céleste cour ;
Gomment on prend , comment on est pris tour à tour.
Junon prête un mouchoir : c'est au plus jeune à l'être ;
Le plus jeune c'était l'Amour.
L'enfant qui déjà n'y voit goutte ,
Un bandeau de plus sur les yeux , Va d'un côté , de l'autre ; et les éclats joyeux De l'Olympe étonné font retentir la voûte. Les dieux , qui riaient fort, comptaient rire encor plus Quand notre espiègle eut mis la main sur la Justice. Cet autre aveugle au jeu n'entendra pas malice : « Elle est là pour long-temps, » disait surtout Momus.
Il se trompait. Elle entre en lice , Et , dès le premier pas , elle attrapa Plutus.
Celui-là devait-il s'attendre
A jamais sortir d'embarras ?
Il est quelque peu lourd. Vénus, tu m'apprendras
Comment il a fait pour te prendre.