A CELUI QUI VIENDRA COUCHER ICI
Toi que l'hospitalité Accueille en cette retraite, D'une émotion secrète Si tu te sens agité , Ne t'en étonne pas : ici coucha cet homme Qui , fameux comme Hercule , à force de travaux ,
A peine eût trouvé des rivaux Dans les plus heureux temps et d'Athène et de Rome. Vrai sultan sur le Pinde au milieu des neufs sœurs , Passant de l'une à l'autre au gré de ses caprices , Il fit leur gloire et leurs délices Tout en affichait leurs faveurs.
Calliope la fière , aux bords de Castalie ,
Couronna deux fois son amour , Qui, pour deux fois lui plaire , emprunta tour à tour Les traits de l'héroïsme et ceux de la folie. Même en faisant pleurer Thalie , Il en obtint quelque retour.
La docte Polymnie en tout temps lui fit fête. Euterpe l'épousa dans plus d'un tête-à-tête. Terpsichore, en dansant, chante encor maint couplet
Qu'il fredonna pour la séduire , Et qu'Erato pensive , en se laissant conduire ,
Fait redire à son flageolet.
Quant à Clio , je crois superflu de produire Des garants pour prouver que jamais favori Plus franchement ne s'en est vu chéri.
Leur moindre entretien se répète ; La muse en fait gloire aujourd'hui, Et proclame sur sa trompette Tout l'abandon qu'elle eut pour lui.
Uranie avoue avec grâce Qu'elle en fut caressée : en l'écoutant , dit-on , Elle crut écouter Newton Qui parlait la langue d'Horace.
Mais l'objet de ses soins constants , C'est toi, sublime Melpomène.
Pour toi toujours dans son printemps, 11 a fait Œdipe à vingt ans, A quatre-vingts il fit Irène.
5io PIÈGES DIVERSES.
S'il servit les neuf sœurs avec fidélité , Pour elles s'il fit des merveilles ,
S'il leur rendit visite , il en fut visité.
Ces lambris, ces rideaux nous attestent ses veilles.
Ne t'étonne donc pas, toi qui d'un feu caché Ressens déjà les étincelles ;
N'es-tu pas près d'un lit où Voltaire a couché Tout au moins avec neuf pucelles ?
Le pèr« Viel , de l'Oratoire.
Cet excellent homme a contribué pendant trente ans, comme professeur et comme directeur de la discipline , à la gloire du collège de Juilly , dont il avait été un des plus brillants écoliers. L'affection que lui conservent ses nombreux disciples fait son éloge , et surtout le leur. Cinq d'entre eux , MM. de Salverte , Eusèbe de Salverte , Ériyès, Durand et Arnault , ont publié la traduction que le P. Viel a faite en vers latins du Télémaque , qui par là est devenu doublement classique. Les instituteurs qui sont jaloux d'être aimés de la jeunesse et désirent imprimer dans le cœur de leurs élèves> un sentiment peu différent de la piété filiale n'ont qu'à méditer ce passage de Térence , que le P. Viel a mis constamment en pratique , et qui sert d'inscription à son portrait :
Pudore et liberalitate liberos Retinere satius esse credo , quam metu.
Terent. , Adelph., «et. I, se. ï.
5i2 NOTES ET REMARQUES