LIVRE II. G
Point de repos : bêtes et gens ,
A qui mieux mieux chacun s'excite.
Mais tombe enfin qui va si vite ;
Tout l'équipage est sur les dents.
Couvert d'écume et de fumée,
Le coursier du maître est rendu; Plus d'un chien haletant sur l'herbe est étendu, Et de sa gueule en feu pend sa langue enflammée. Milord , qui de chemise a besoin de changer , Et lentement chez soi retourne à la nuit noire ,
A passé le jour sans manger ,
Et , qui pis est pour lui, sans boire! Et pourquoi tant de bruit, tant de soins, tant de mal?
Pour forcer un triste animal
Qui perd , aussitôt qu'on l'attrape , Le prix qu'il semble avoir alors qu'il nous échappe ; Et , loin de nous valoir ce qu'il nous a coûté , N'offre à l'heureux vainqueur de tous ses stratagèmes , Qu'un mets auquel deux fois on n'a jamais goûté, Et dont les chiens à jeun ne veulent pas eux-mêmes!
Toi qui possèdes la grandeur, Et t'es éreinté sur sa trace , S'il se peut , parle avec candeur ; As-tu fait plus heureuse chasse?
FABLE XVIII