‹ Fables et poésies diversesChapitre 40 sur 257 · A M. REDOUTÉ · texte numérisé non relu

A M. REDOUTÉ

Toi qui , peintre et rival de Flore , Comme elle à la nature empruntes les couleurs

Dont se parent toutes les fleurs

Que sous tes doigts on voit éclore ,

Que je porte envie à ton art!

Tout est rose pour toi. Plus tes tableaux fidèles

Se rapprochent de tes modèles , Et plus on t'applaudit; et moi, si par hasard

J'ose crayonner quelque page, D'un tout contraire accueil je suis souvent paye. Et je plais d'autant moins au modèle effrayé

Que j'ai mieux tracé son image.

A ses yeux qu'ai-je offert en effet? maint défaut, Maint travers. Cher ami , dans le siècle où nous sommes, Tout est vice ou sottise ; et, pour charmer, il faut Peindre les fleurs et non les hommes.

La fleur du chardon se carrait Au milieu des piquants dont sa tige est armée; Et sans plus de façons, d'elle-même charmée,

A la rose se préférait.

« Je suis plus quelle encore et sévère et pudique , « Car on la vit parfois s'humaniser un peu. « Quant à moi , qu'on approche, et l'on verra beau jeu ! « Ma devise est, enfin : Qui s'y frotte s'y pique.

« — Et pourquoi s'y frotterait-on ? »

Dit un jeune berger qui cherchait aventure : « Pour jouir d'une rose on brave une blessure ; « Mais se fait-on piquer pour cueillir un chardon ? »

««etstet»

f.IVRE III. ;5

FABLE II

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