A M. REDOUTÉ
Toi qui , peintre et rival de Flore , Comme elle à la nature empruntes les couleurs
Dont se parent toutes les fleurs
Que sous tes doigts on voit éclore ,
Que je porte envie à ton art!
Tout est rose pour toi. Plus tes tableaux fidèles
Se rapprochent de tes modèles , Et plus on t'applaudit; et moi, si par hasard
J'ose crayonner quelque page, D'un tout contraire accueil je suis souvent paye. Et je plais d'autant moins au modèle effrayé
Que j'ai mieux tracé son image.
A ses yeux qu'ai-je offert en effet? maint défaut, Maint travers. Cher ami , dans le siècle où nous sommes, Tout est vice ou sottise ; et, pour charmer, il faut Peindre les fleurs et non les hommes.
La fleur du chardon se carrait Au milieu des piquants dont sa tige est armée; Et sans plus de façons, d'elle-même charmée,
A la rose se préférait.
« Je suis plus quelle encore et sévère et pudique , « Car on la vit parfois s'humaniser un peu. « Quant à moi , qu'on approche, et l'on verra beau jeu ! « Ma devise est, enfin : Qui s'y frotte s'y pique.
« — Et pourquoi s'y frotterait-on ? »
Dit un jeune berger qui cherchait aventure : « Pour jouir d'une rose on brave une blessure ; « Mais se fait-on piquer pour cueillir un chardon ? »
««etstet»
f.IVRE III. ;5
FABLE II