LIVRE IV
Emporte , en s'effaçant , jusqu'à la moindre trace.
Follette , en le perdant , parut ce qu'elle était.
Tel défaut qui passait avant pour un attrait ,
Ne fut plus qu'un défaut : sa taille , en tout temps maigre ,
Et qu'on disait légère, enfin prend son vrai nom;
Son poil roux cesse d'être blond; Piquante auparavant , son humeur n'est plus qu'aigre. De caresses sevrée , ainsi que de bonbons ,
Follette , à ses jeunes rivales , Voit , par des mains pour elle autrefois libérales , La préférence offrir et prodiguer ses dons. Son orgueil s'en indigne. « Et c'est à moi , dit-elle ,
a Qu'on refuse même un regard !
« C'est moi qu'on traite, sans égard,
« Comme une vieille demoiselle !
« Un tel scandale doit cesser;
« Bientôt tout rentrera dans l'ordre.
< Je ne me faisais pas prier pour caresser , « Je me ferai prier bien moins encor pour mordre. » Et puis, sans distinguer le maître, les valets , Les grands et les petits, le garçon et la fille , La voilà qui se rue à travers la famille :
A ceux-ci mordant les mollets ;
A ceux-là mordant la cheville.
Je vous laisse à penser quel fut l'étonnement î Sur la cause du mal , dans le premier moment ,
La compagnie est partagée :
« La levrette , dit l'un , est folle assurément î
io8 FABLES.
« Non, dit l'autre, elle est enragée.
« Il s'en faut assurer, ajoute le dernier,
« Et prévenir la récidive. » Follette cependant , en aboyant s'esquive ;
En trois sauts elle est au grenier.
Là vivait un ermite, un égoïste , un sage; Là vivait un vieux chat, animal casanier , Vieil ennemi des rats, vieil ami du fromage,
Vieux courtisan du cuisinier.
Il demande , on lui dit le sujet du tapage.
« Maître Mitis , oui , ce fracas
« Me blesse moins que le silence.
« — Ainsi donc, tout ce bruit que l'on entend là-bas... « — C'est ma célébrité , mon ami , qui commence.
« — Pour être illustre , en ce bon temps ,
u Suffit-il qu'on crie et qu'on gronde ? « — Voyez Mouflard : Mouflard , si dur aux pauvres gens,
« Serait-il fameux à la ronde ,
« S'il n'aboyait tous les passants ,
« S'il ne montrait toujours les dents ,
« S'il n'épouvantait tout le monde ?
« — Tu veux l'imiter aujourd'hui :
« Mais as-tu la gueule assez forte ?
« Mais, de plus , veux-tu qu'à la porte
m On t'envoie à côté de lui ?
« Qu'attrape-t-il là , des injures ;
« Pour lui répondre , on prend son ton ;
« Et , quand il mord , par le bâton