‹ Fables et poésies diversesChapitre 64 sur 257 · LE SOLEIL ET LA CHANDELLE · texte numérisé non relu

LE SOLEIL ET LA CHANDELLE

Or çà, mes amis, essayons De vous redire en vers tout ce que la chandelle Disait naguère en prose, en voyant ses rayons Porter jusqu'à six pas la lumière autour d'elle. « Ce n'est pas tout-à-fait la clarté du soleil , « Et je n'éclaire pas une sphère aussi grande.

« A cela près , je le demande , « Mon rôle au sien n'est-il pas tout pareil? « A votre gré , monsieur , à votre goût , madame ,

« Ecrivez, jouez ou lisez,

« Tricotez, brodez ou cousez, « A qui veut en user je prodigue ma flamme. « Vous blâmez le soleil de trop tôt se coucher , « De se lever trop tard ; qu'il dorme en paix sous l'onde, « Et l'on ne saura pas s'il est nuit en ce monde , « Pour peu qu'on ait pris place à cette table ronde ,

« Et que l'on pense à me moucher, a Cependant le soleil , averti par les heures ,

Plus alerte et plus radieux ,

ii8 FABLES.

Avait abandonné les humides demeures, Et ses premiers rayons doraient déjà les cieux. A mesure qu'il perce et dissipe les voiles Par la nuit étendus sur le monde obscurci ,

Voyez-vous pâlir les étoiles ?

Les étoiles, la lune, et la chandelle aussi !

Ainsi , dans mainte académie ,

Passez-moi la comparaison , Le faux esprit s'éclipse auprès de la raison ; Le bel esprit s'éclipse à côté du génie.

« Mon enfant , » dit l'astre du jour , En plaignant sa rivale à demi consumée

De perdre sa gloire en fumée, « Veux-tu de ton triomphe assurer le retour?

« Fais tout fermer , porte , fenêtre ,

« Volets surtout ; fais que la nuit

« Règne à jamais dans ce réduit :

« La nuit te fait briller; je la fais disparaître. »

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