LIVRE I. i
Aucuixl'eux cependant n'était ingrat ni traître, Aucun du moins ne croyait l'être ;
Lorsque dans son sang même ils se désaltéraient, Ce n'était pas leur pauvre maître , C'était un cerf qu'ils déchiraient.
Vous qui d'écrire avez l'audace ou la faiblesse , Si haut que soit le rang où vous plaça le sort , Au destin d' Actéon résignez-vous d'abord , Et surtout oubliez vos titres de noblesse. Bien qu'au pied du Parnasse il soit plus d'un flatteur , La critique et sa meute y fixent leur retraite : Quand vous vous donnez pour auteur, En auteur souffrez qu'on vous traite.
i4 FABLES.
FABLE TV
LE COLIMACO N.
Sans amis , comme sans famille , Ici-bas vivre en étranger; Se retirer dans sa coquille Au signal du moindre danger; S'aimer d'une amitié sans bornes ; De soi seul emplir sa maison ; En sortir, suivant la saison, Pour faire à son prochain les cornes ; Signaler ses pas destructeurs Par les traces les plus impures; Outrager les plus tendres fleurs Par ses baisers ou ses morsures ; Enfin , chez soi , comme en prison , Vieillir de jour en jour plus triste , C'est l'histoire de l'égoïste, Et celle du colimaçon.