LE FER ET L AIMANT
Aux lois de la nature , amis , soumettons-nous ; Toujours sa volonté l'emporta sur la nôtre. L'aimant disait au fer : Pourquoi me cherchez-vous ? — Pourquoi m'attirez-vous? soudain répondait l'autre.
Notre faiblesse et ton pouvoir, Sexe enchanteur , s'expliqueraient de même : Ainsi tu plais sans le vouloir ; Sans le vouloir, ainsi l'on t'aime 3.
FABLE III
D'Actéon 4 , mes amis , vous savez l'aventure ; Vous savez qu'un peu cher il paya des transports Où la seule Diane a pu voir une injure. Aux mots qu'en son courroux cette prude murmure , Sans trop cacher pourtant ses pudiques trésors ,
Notre indiscret d'un cerf dix cors
A tout-à-coup pris l'encolure.
Un pied fourchu s'ajuste à sa jambe , à son bras ; Ses cheveux en rameaux se dressent sur sa tête ; Jusqu'au bout de son nez , qui s'alonge , un poil ras
Court habiller notre homme en bête.
Peu content de voir sur son front
Ce qui paraît moins sur le nôtre , Le nouveau quadrupède à décamper fut prompt. Mais , hélas ! un malheur vient-il jamais sans l'autre ?
Ses bassets , un peu trop ardents , Et , comme nous , enclins à juger sur la mine , Le suivent en jappant dans la forêt voisine , Où , tout en pleurs, bientôt il périt sous leurs dents.