‹ Fables et poésies diversesChapitre 77 sur 257 · LES OURS MAL LECHES · texte numérisé non relu

LES OURS MAL LECHES

Une ourse avait mis bas ; ourses du voisinage

D'accourir pour voir le poupon.

« Est-ce une fille? Est-ce un garçon?

<c Est-il bien gros? Est-il bien sage?

« Sans que ce soit un damoiseau,

« Puisqu'il est le fils de son père ,

« Comme un ange il doit être beau,

« Pour peu qu'il ressemble à sa mère.

« — Comme un diable il est laid, commère , »

Devait répondre la maman,

Si sur ce point, une fois l'an,

Maman pouvait être sincère.

La nôtre à tous les yeux cachait son nourrisson;

Masse informe, ébauche grossière,

Ours, qui d'ours n'avait que le nom;

D'un ours c'était bien la matière, Mais il manquait la façon.

C'est à la lui donner que la dame s'applique. Au fond d'un antre obscur, loin du monde et du bruit,

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C'est à lécher sans cesse et relécher son fruit Qu'elle met son étude unique.

Ses efforts n'ont pas été vains :

Ainsi qu'on voit la molle argile , Sous les doigts d'un artiste habile ,

Prendre un buste , un visage, et des pieds et des mains ; Grâce aux soins qui le débarbouillent, Du petit monstre, en peu de jours , Les traits tour à tour se débrouillent,

Et c'est, s'il n'a changé, le plus joli des ours.

Sa mère , je le crois , ne lisait point Horace ;

Mais nous qui le lisons, nous autres beaux esprits,

Pourquoi moins qu'elle user de ses sages avis ?

Cent fois sur le métier remettez vos écrits , A dit le maître du Parnasse.

Vains préceptes! nos vers sont à peine ébauchés,

Que de les mettre au jour rien ne peut nous distraire,

Aussi sur le théâtre , aussi chez le libraire , Mes amis , que d'ours mal léchés !

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