‹ Fables et poésiesChapitre 1 sur 355 · LETTRE DE BÉRANGER · texte numérisé non relu

LETTRE DE BÉRANGER

Vos deux fables (1) sont charmantes, Monsieur, et je suis fier que l'une d'elles me soit dédiée , si aventurée que soit la comparaison que vous voulez bien faire du rossignol au vieux chansonnier. Je ne me suis jamais cru qu'un pauvre oiseau , et ne sais trop encore de quelle espèce. Au moins suis-je de ceux qui aiment à saluer les belles voix et les doux chants. Voilà pourquoi j'ai cherché des échos pour les engager à répéter le bien que je pensais de vos fables , et je suis heureux qu'un d'eux vous ait redit mes paroles.

Je ne me rappelle plus trop, Monsieur, les conseils de vieillard que je vous ai donnés; mais ils devaient être excellents, s'ils ont contribué à vous faire faire le Moucheron et la Mouche. Je crois plutôt que vous avez écouté votre instinct

(1) Lo première el la dpuxiérne du V* livrr.

LAGRAMRArniF.. I

6 LETTRE DE BERAISGER.

de poëte, et que vous faites à mon expérience plus d'honneur qu'elle ne mérite. Votre recueil a une telle supériorité sur la plupart de ceux que je connais, votre style porte si bien l'empreinte de l'étude de nos grands maîtres, que des conseils comme les miens ne vous sont pas nécessaires , et que je m'étonne que ce recueil ne soit pas aussi connu qu'il devrait l'être.

Je vous remercie de la jolie composition gravée (1) que vous m'envoyez. Vous avez des amis qui vous comprennent ; c'est un grand encouragement : c'est celui qui m'a aidé à traverser des années bien pénibles. Pour eux comme pour vous, je vous souhaite autant de bonheur que vous avez de talent.

Recevez, Monsieur, l'assurance de mon affectueuse considération.

Béranger. *

Passy, S8 septembre 4812.

(i) la Fleur et le Nuage^ dessin d'Adrien Guignet, gravure d'Ernest Monnin.

LE POÈTE

A mon ami Pierre Lacliambeaudin.

Poëte, c est la vérité Que ta fable pour nous décèle ; Ton vers est la pure étincelle Qui brille en notre obscurité.

Où donc menez-vous le poêle, Soldats qui servez les méchants?

Vous Pavez pris dans la tempête :

Inspiré par de nouveaux chants, Il marche en consolant ses frères,

LE POÈTE

Le captif au front radieux.

A-t-il des paroles arriéres ?

Non! mais, riant de vos faux dieux , II marche en consolant ses frères.

Poëte, c'est la vérité Que ta fable pour nous décèle ; Ton vers est la pure étincelle Qui brille en notre obscurité.

Dans vos casemates de pierre Où pèse le froid des tombeaux.

Sur un doux rhithme une prière Fait vibrer les sombres arceaux.

L'apôtre porte une couronne ; Nul bourreau ne peut la flétrir :

C'est le peuple ou Dieu qui la donne, La verte palme du martyr :

L'apôtre porte une couronne.

Poëte, c'est la vérité Que ta fable pour nous décèle ; Ton vers est la pure étincelle Qui brille en notre obscurité.

LE POETE. S

Voyez en mer ce haul navire ; Ses flancs cachent bien des douleurs ; Mais, à bord, les sons d'une lyre Raniment la foi dans les cœurs.

Les femmes pleurent au rivage, Et, par de fraternels élans.

Mêlent, dans les bruits de Forage, Leur voix aux cris des Goélands * :

Les femmes pleurent au rivage.

Poëte, c'est la vérité Que ta fable pour nous décèle ; Ton vers est la pure étincelle Qui brille en notre obscurité.

Si de la patrie on t'exile, Tu vas, ô pieux pèlerin,

Prêcher le nouvel Evangile :

La Muse a fleuri ton chemin.

Va remplir un devoir austère :

Ralliant les cœurs désunis, Fais rayonner l'amour, mon frère,

* Voir à la lable des poésie!» diverses.

10 LE POÈTE

Sur la famille des bannis :

Va remplir un devoir austère.

Poêle, c'est la vérité Que ta fable pour nous décèle ; Ton vers est la pure étincelle Qui brille en notre obscurité.

Antoïne-Mahc Monnin.

Paris. — Mai, 1852.

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