L'ÉCUEIL ET LE PHARE
A M. DE PO?IGERVILLE.
Vous qui, tout à la fois philosophe et poète, Répandez la sagesse en vers mélodieux, De Lucrèce jadis éloquent interprète.
Vous sûtes avec lui détrôner les faux dieux, A votre nom célèbre aujourd'hui je confie Mon inexpérience et mon obscurité.
N'est-ce pas trop d'audace ou trop de vanité ? Non, non ; la Fable est sœur de la Philosophie : Près de boire la mort, Socrate, nous dit-on, Se p!ut à l'enrichir du rhylhme poétique, Et Platon, le divin Platon, L'admettait dans sa république.
Dès longtemps un écueil, se cachant sous les eaux, Chaque nuit dévorait une nouvelle proie ;
Mais un phare, à la fin, sur l'abîme flambioie, Et désormais du monstre éloigne les vaisseaux.
La Superstition, aux annales funèbres, C'est l'écueil si longtemps funeste aux matelots; Et le phare sauveur qui brille sur les flots, C'est la Philosophie écartant les ténèbres.