LES ENFANTS ET LE TORRENT
Un torrent orageux, du haut de la montagne,
Roulait dans la campagne.
Des enfants le voyant, courent se réunir,
Et disent : « Pour le retenir,
Avec des pierres et du sable Vite élevons un mur, rempart infranchissable. •» Et voilà nos gamins d'aller et de venir,
De travailler à perdre haleine.
Mais le torrent gagne la plaine ; Il roule, et dans son onde il entraîne en passant
L'édifice impuissant.
Il aurait emporté les polissons eux-même, S'ils n'avaient pris le soin de se mettre à côté.
Amis, le torrent est remblèmc Du progrès, de la liberté:
Les enfants, c'est la ro\aulé.
Avec ses vils flatteurs en vain elle se ligue Pour nous opposer une digue ; La digue se renversera,
Enfants, et malgré vous le torrent passera.
LE POCTE et L'ABEILLE.
Pour faire leur doux miel , leur douce poésie ,
Le poète et l'abeille aux champs, dès le malin ,
Des odorantes fleurs picoraient l'ambroisie.
Tous deux comme ils rentraient, chargés de leur butin ,
Le poëte rêveur dit à l'abeille : « Écoute :
Des insectes dans l'air se frayant une route ,
De la mouche ou du papillon , Qui peut te distinguer? » L'abeille industrieuse Répondit : « Des trésors dont je suis glorieuse ,
Le miel, la cire, Taiguillon.
Le miel , ma liqueur parfumée ,
Calme la soif et la douleur;
La cire, eu flambeau transronnée,
Des ténèbres chasse l'horreur, Et contre les méchants l'aiguillon me protège. »
Le poète , à ces mots , reprit :
« De servir, comme toi , j'ai l'heureux privilège : J'ai le chant qui console et le miel qui nourrit; Des ombres de l'erreur je délivre l'esprit , £t contre les abus je lance l'anathème. ?^otre ardeur, tu le vois, notre but est le même;
Or, de ses bienfaits louons Dieu.
— Frère, adieu, dit l'abeille. — Adieu, ma sœur, adieu. >•